ZOOM Zoom sur la rue du village, une moto pétarade, magasins pimpants, vitrines colorées, des bistrots attirants, quelques tables sous l’érable de la place, pépiements d’oiseaux, rires d’enfants, plongée vers l’église, gros plan sur le porche-galerie et les lions couchés qui supportent deux colonnes de marbre rose, on s’engouffre dans la nef sombre, on revient vers la lumière, grand angle sur une devanture ancienne, d’un bois délavé, aux vitres poussiéreuses, zoom sur l’enseigne tabacs fatiguée, on se faufile sous un rideau qui flotte mollement, on descend quatre marches glissantes, usées, on entre dans la pénombre, à droite des présentoirs de cartes postales, à gauche des étagères surchargées de bimbeloteries, gros plan sur une série de peluches, des marmottes sifflent à notre passage, au fond un comptoir, des piles de journaux, une silhouette, un homme tête baissée, silencieux, on pense : est-il vivant ? est-ce un mort vivant ? oublié là depuis la nuit des temps, étouffé par le poids de la maison… la caméra dessine les voûtes de la pièce, une ancienne étable certainement, détaille l’encastrement harmonieux des pierres, les toiles d’araignées dans un recoin, le mouvement du buraliste, on devine le murmure de sa voix : vous désirez ? On est oppressé de trop de froideur, de silence, de vide. On suit avec joie le mouvement de la caméra vers la sortie, on rejoint la lumière aveuglante de l’été. Une nef de cathédrale creusée sous le roc, au cœur de la montagne, une porte en majesté, rondeur de ses hublots, brillance de son métal, lignes fendant l’espace, beauté de la roche qui affleure, sombre, brillante, élégance du béton lissé, du sol de granito, légèreté du verre, douceur de l’éclairage. On est ailleurs, on imagine ne plus être sur ou sous terre, mais dans le Nautilus de Jules Verne, sans plus aucun lien avec les hommes. Un mouvement de la camera nous rappelle que, au-dessus de nous, se déploie un barrage de 124 mètres de haut sur 630 mètres de large. Un autre balaie ce mur au-delà duquel sont retenus 1,27 milliards de mètres cube d’eau, on entre dans cette étendue d’eau, on est terrifié : s’il venait à céder, le raz-de-marée dévasterait la vallée de la Durance, la basse vallée du Rhône, la Camargue et Avignon. Un dernier zoom nous recentre sur la mosaïque d’Auguste Labouret, sur un chant de guitare, elle exalte le soleil, la lumière, l’eau, les couleurs. En elle, se dit l’énergie fantastique de la centrale. Avec elle, nous vibrons.

Suis

Ai été conçue dans l’amour la jeunesse le désir de liberté. Inattendue mais désirée. J’ai été la catastrophe pour les uns, la planche de salut pour les autres. J’ai précipité l’histoire familiale, accéléré le temps, battu en brèche les conventions : j’ai déclenché les colères des grands-mères, j’ai marié mes parents, ni une ni deux et plus vite que ça, je Continuer la lectureSuis

La maison retrouvée

Tous les lieux de vie évoqués jusqu’ici, se sont imposés à moi, ont surgi, auréolés d’une nostalgie apaisante. Je vois aujourd’hui qu’une maison en est absente, elle avait pourtant été essentielle. Une séparation sentimentale en a effacé les contours. Tenter de la reconstruire avec son lot de mélancolie, ses parcelles de bonheur et de douleur. Oubli, désenfouissement, presque toutes les Continuer la lectureLa maison retrouvée

Ma vie parallèle en compagnie d’un ours, d’une girafe et d’un hippopotame

Je suis sortie du ventre de ma mère un jour de neige. Dommage fille et dommage rouquine. J’ai laissé dire, fait semblant d’avoir le choix et on a fini par m’accueillir. J’ai remué, vu virevolter des drôles de formes blanches qui étaient mes mains, gazouillé, jubilé de ma gorge qui vibrait et de ma bave qui roulait, rugi, fait pousser Continuer la lectureMa vie parallèle en compagnie d’un ours, d’une girafe et d’un hippopotame

proposition #02 | un parpaing de phrase LEPORELLO 2 O, 3 L, 2 E (version 3)

LEPORELLO exercices devant le miroir, murmures, articulations , attaques sur « LE» légèrement souriant, à peine, « LLO », finale plus accentuée, bien faire sonner la double consonne et le « O » bien moelleux et détaché, recommencer en glissant sur les deux  syllabes médianes « PO, RE », aimer les mots chantants , les mots rares, les mots exotiques, et l’objet LEPORELLO déniché dans une galerie Continuer la lectureproposition #02 | un parpaing de phrase LEPORELLO 2 O, 3 L, 2 E (version 3)

Augusta

là         ça        sentait la pénombre         la lueur des tomettes         rouges échauffées       par le feu de la cheminée        qui aspirait doucement        de sa langue brûlante        la marmite en fonte        qui pesait bouillante        irradiée des caresses        léchée des flammes        dans l’âtre        dès le matin        pour toute        la journée        pour toute        la vie de la maison        pour toute        la vie de ses occupants        l’oncle qui gemmait        la tante que j’aimais        aux sourcils noirs        épais         au-dessus de ses yeux sombres        qui me regardait        en m’aimant        dans ma robe de velours rouge        et Continuer la lectureAugusta

Vague lame

Sauter             jouer                partir et revenir           échapper au vague                  à l’inexactitude                      va et vient entre les vagues             jeu d’enfance              ton je d’enfant             mon je d’adulte           je t’observe                                         tu attends que la mer  revienne et te submerge                      la couleur disparait                  les reflets m’éblouissent              tu oublies le temps                 plus personne n’existe                                                comment te dire Continuer la lectureVague lame

Sans raison aucune

il était tard       la route était longue quelques deux heures       plus même l’hiver        le matin sur les ponts        il fallait faire attention au verglas       et le soir au retour        lutter contre l’endormissement        elle garait sa voiture       derrière les appartements       toujours dans le sens du départ        elle passait par le sous-sol pour rentrer            une habitude        elle aurait pu rentrer par Continuer la lectureSans raison aucune

Bouilloire rouge

1. Une bouilloire rouge sur la cuisinière à gaz blanche. Une brouette rouge sur la page blanche¬. La brouette rouge porte son butin à ciel ouvert — foin crottin. La bouilloire rouge beaucoup plus secrète fomente et fume. Que de choses dépendent d’une bouilloire rouge remplie d’eau froide posée sur la flamme bleue. La bouilloire est l’amie de l’Homme : Continuer la lectureBouilloire rouge

Dépendance à la cuisine

elle restait immuable         c’était rassurant d’une année sur l’autre         les vacances en saut de puce         été comme hiver         on  ne pouvait pas la surprendre          même en arrivant à l’improviste c’était le cœur chaud          battant de la maison          avec sa cheminée         immense qui mangeait tout le fond               près de l’armoire aux apéritifs         la cuisine         accueillante         avec ses petits carreaux crème         puis Continuer la lectureDépendance à la cuisine