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Dire oui au monde c’est dire oui à la vie parce que nous n’avons d’autre choix
2 | Ce qui n’est pas vrai
Supposons que la batterie de mon iPhone soit plate et que dans ma voiture je n’ai pas de port USB C, ce qui est vrai.
Supposons que la batterie de mon IPhone soit plate, que je veux continuer de faire des photos en me promenant dans une ville et que je n’ai pas ma batterie externe, ce qui est vrai.
Supposons que la batterie de mon IPhone soit plate, que je ne peux donc pas utiliser Apple Pay et que je n’ai pas ma carte de banque, ce qui est vrai (ou pourrait l’être).
3 | Quand je pense à cette ville
Quand je pense à cette ville, je revois ses maisons aux façades couvertes de tôle colorée en remplacement du bois interdit depuis le grand incendie de 1915.
Je me vois seule ou avec F, nous sommes attablés en terrasse au Café de Paris, ciel bleu, 25 degrés, c’était un jour d’août. Je suis seule dans les restaurants le soir et ne me sens pas une extra-terrestre.
Je m’enfonce dans les rues au-delà du lac, un musée d’art, la maison de la première présidente du pays, les habitants je ne les rencontre pas, tout au plus quelques mots échangés avec les serveurs des restaurants ou le personnel aux caisses dans les magasins, je ne cherche pas à nouer des liens.
Je revois mon premier contact avec ce pays tant rêvé, passé l’émotion de l’atterrissage, et le trajet en bus vers la ville.
Dans la ville je vois les couleurs, ces magasins de laine rêche, rugueuse, qui griffe la peau, l’anthracite de la pierre de lave, le vert lumineux de la mousse, le rose profond des lupins au printemps.
Je grimpe les rues pour prendre de la hauteur, je monte dans la tour de l’église, il y a des maisons blanches aussi, des toits colorés, vouloir embrasser la ville, sa lumière, ce départ vers l’ailleurs, vouloir tout embrasser et savoir que c’est impossible.
Nous dînons dans un bar à tapas qui propose un florilège de la cuisine locale, juste de quoi titiller les papilles et plonger au-delà des apparences.
Le bras de mer qui sépare la ville de la montagne, le longer vers les faubourgs, le vent, les nuages bas qui dissimulent les cimes, flâner, s’y arrêter, revenir vers la ville, toujours.
Le bâtiment de verre, déjà le verre, comme un kaléidoscope, diffractant le ciel du Nord, le sublimant, le distillant jusque dans mes veines
Quand je pense à cette ville, je revois la station de bus, tellement improbable cette rencontre d’un professeur de F, si petit le monde, si amusantes les coïncidences, nous prenons la route pour une traversée des terres hautes vers plus de Nord encore.

4 | Ce qui n’est pas vrai
Supposons que la batterie de mon iPhone soit plate, que je m’apprête à monter dans le train ou dans l’avion et que je n’ai pas imprimé mes billets, ce qui n’est pas vrai.
Supposons que je sois dans un train vers nulle part, ce qui n’est pas vrai.
Supposons que je quitte Bruxelles définitivement, ce qui n’est pas vrai.
Supposons que je me retire dans la campagne anglaise dans un cottage entouré d’arbres et de fleurs, ce qui n’est pas vrai.
Supposons que j’habite à Brooklyn dans une brownstone ou encore à Providence sur College Hill, ce qui est loin d’être vrai.
Supposons que je parvienne à me façonner un jardin anglais dans mon jardin timbre-poste, ce qui n’est pas vrai (mais pourrait peut-être le devenir, qui sait ?).
Supposons que je ne fasse plus rien d’autre qu’écrire, ce qui n’est pas vrai.
Supposons que je ne me demande pas de quoi demain sera fait, ce qui n’est pas vrai.
Supposons que je sois dénuée de toute anxiété, ce qui n’est (malheureusement) pas vrai.
Supposons que je termine le livre en cours d’ici la fin de l’année, ce qui n’est pas vrai.
Supposons qu’on puisse voyager en train dans le silence absolu et qu’il n’y pas une dame juste derrière qui parle sans arrêt et fort, ce qui n’est pas vrai.
5 | Ce que l’orage nous dit
Ce qui de notre regard sur le monde tend à l’abstraction.
Ce qu’il y a de l’autre côté de l’horizon et qu’on aimerait savoir.
Ce qui nous pousse toujours à arpenter les méandres de la terre et des fleuves.
Ce que nous dit la lumière quand elle s’offre à nous sans qu’on s’y attende.
Ce que l’orage nous dit peut-être de nos tempêtes intérieures.
Ce que les maisons d’écrivains nous transmettent de l’étincelle de ces êtres, de leur essence dans notre quête éperdue de nous en imprégner.
Ce qui dans le regard d’un animal nous invite à dire oui à la vie.
Ce que l’arc-en-ciel imprime en nous de l’insaisissable.
Ce que l’on partage de la beauté des fleurs qui nous saisit le cœur.
Ce que le bleu roi de la nuit nous dit de nos chambres intérieures illuminées de nos insomnies.

J’ai beaucoup aimé votre « Quand je pense à cette ville ». Ville qui reste pour moi mystérieuse puisque, ne l’ayant pas connue, je ne l’ai pas reconnue.