#anthologie #18 | du grain dans la machine

bébé dans le ventregrâce à l’intelligence artificielle, vous pouvez découvrir avant sa naissance la tête qu’aura votre enfant à l’âge adulte – impossible en revanche de savoir s’il sera aussi con que son époque réussir sa photo d’identité certifiée conformepositionnez la hauteur du siège pour que les yeux rentrent dans les orifices prévus à cet effet, une fois en place, Continuer la lecture#anthologie #18 | du grain dans la machine

#anthologie #16 | le point invisible

Ce n’est plus qu’un filet rauque, une difficulté en soi, monotone, comme si les aspérités de la gorge après les heures de tension empêchaient son passage, ternissaient la voix. Ce qui sort par à-coups d’un accent monocorde, une voix qui finit par s’effondrer. Elle s’est redressée dans le lit, elle soupire souvent ce qui lui reste d’énergie, mais elle continue Continuer la lecture#anthologie #16 | le point invisible

#anthologie #09 | sur un papier brouillon

dans le rêve qui remontait à plusieurs années, la lumière était encore différente, elle ne venait ni de l’avant ni de l’arrière, elle se diffusait non pas des nuages entre lesquels je flottais dans le grand tee-shirt illustré qui me servait de chemise de nuit, j’avais quinze ans peut-être quand j’ai fait ce rêve, la lumière passait comme à travers une toile de tente, elle ressemblait à celle d’un écran de radioscopie, elle ne venait de nulle part, je flottais et j’étais morte, Continuer la lecture#anthologie #09 | sur un papier brouillon

#anthologie #10  | triangle

Il porte le prénom d’un dictateur dont la dépouille sera exposée, pendue par les pieds, sur une place de Milan. Il est vendeur de tissu à Paris après la guerre. Il offre à sa jeune sœur un coupon de tweed pour y coudre le costume de mariage de mon père. Il est né en Italie, dans un village qui porte Continuer la lecture#anthologie #10  | triangle

#anthologie #09 | fil

Je n’ai pas fait de nœud au fil, je n’ai pas coupé le fil, je n’ai pas rangé le fil, je n’ai même pas rembobiné le fil, je ne l’ai ni suivi conservé ou tenu, parce que ça aurait été la marque d’une distance ou bien d’une exigence, ou d’un surplomb, comme l’idée de poser ses conditions, je ne pose Continuer la lecture#anthologie #09 | fil

#anthologie #5 | vers soi

Il se tient à l’écart de lui-même. Lui-même ne se souvient pas de sa naissance. Si près de sa mort, n’est plus sûr non plus d’être l’ancien vivant. Si longtemps loin de lui, sa parole hors de lui, les mots perdus, inaudibles. Des années. Si longtemps, loin de lui. Je t’ai suivi longtemps. Tu courais dans la vie et je Continuer la lecture#anthologie #5 | vers soi

#anthologie #02 | une petite fille dans un cadre vert

Son bras droit, main ouverte, pend mollement le long du fauteuil vert bronze, sa tête a glissé sur le côté gauche dans l’axe de l’applique en terre posée à l’angle de la pièce ; tout son corps emplit l’espace par le seul ronflement régulier qui en émane, lent moteur chahuté parfois par une entrée d’air intempestive ; dans la lumière Continuer la lecture#anthologie #02 | une petite fille dans un cadre vert

#anthologie #prologue | Peter Handke, je suis venu au monde

J’avais le corps d’un enfant de six mois. J’étais déjà venu au monde une fois. Ce corps était dans un couffin. Ce couffin était posé sur une table. J’ai senti le froid de la distance d’avec l’autre corps de la pièce. L’autre corps de la pièce était posé sur le bord d’une fenêtre. J’ai hurlé. J’ai cru que la distance Continuer la lecture#anthologie #prologue | Peter Handke, je suis venu au monde

#écopoétique #02 | Et à la fin le silence

Et à la fin le silenceTrouvé gardé collé Et à la fin le silence Un toit, une varangue, et l’espace au-dessous. La plaine où s’éteignent les bruits du soir. C’est une musique familière, une succession de sons qui grimpent jusqu’à vous, reconnaissables, alors qu’allongé dans votre hamac, vous escortez la fin du jour. C’est le son amorti des moteurs de Continuer la lecture#écopoétique #02 | Et à la fin le silence

#écopoétique #01 | L’odeur du silence

Table des matières :1 – L’odeur du silence 2 – Le jour du fil de fer L’odeur du silence C’est une vallée parfaite. Pas de ces vallées étroites où on se sent oppressé, compressé, écrasé par des à-pics trop raides qui suintent le danger et rejettent tout ce qui ose sortir du minéral, ni de ces endroits trop plats qui Continuer la lecture#écopoétique #01 | L’odeur du silence