A propos de Caroline Diaz

Née un 1er janvier à Alger, enfant voyageuse malgré moi. Formée à la couleur et au motif, plusieurs participations à la revue D’ici là. Je commence à écrire en 2018 en menant un travail à partir de photographies de mon père disparu, aujourd'hui c'est un livre, Comanche. https://lesheurescreuses.net/

#L5 | une terre qui affleure

(Le sang sous la peau) [des souvenirs, des traces, je voudrais rester ici des heures sans bouger, des jours, à scruter l’horizon, ses îles illusoires, la jetée minuscule au loin, le vide, le temps figé ou absent, à distance du monde, m’aveugler, rentrer dans cet espace, attendre la pluie, la nuit, des voix, une marche funèbre, une sonate en mode Continuer la lecture#L5 | une terre qui affleure

#P5 | l’obscurité n’y peut rien

tempes battent jusque derrière la nuque l’obscurité n’y peut rien. pensées rongées. mâchoire durcie. le temps s’étale. voix blanche — on ne peut pas répéter ça n’a plus de sens. les dents claquent, le corps lourd pourtant tremble jusqu’au flou. les yeux figés le regard se vide. sous les dents, la tendresse de l’intérieur des joues. lèvres brûlées de salive Continuer la lecture#P5 | l’obscurité n’y peut rien

#P4 | prête à l’usage

Ça tombe à point nommé quand la langue fait défaut — du pain bénit pour l’aïeule qui vécut au village jusqu’à vingt ans, parlait une autre langue à la maison, avait appris à ne jamais s’apitoyer sur son sort, à toujours rentrer la peine au-dedans (ça s’échappait la nuit pendant son sommeil et ça donnait des lamentations effrayantes). Cette parole Continuer la lecture#P4 | prête à l’usage

#P3 | les frappe

Que faire ? La tarte aux abricots, le soufflé aux pruneaux, le beignet de compote, le biscuit de Charlotte, non ! Ah ! Le cake d’amour.Peau d’âne, Jacques Demy Dans le carnet on ne trouvera pas les recettes des plats salés, des plats transmis. Ni la proportion de légumes pour le couscous, ni le poids de viande qui peut rester Continuer la lecture#P3 | les frappe

# L4 | le goût de lire, le goût d’écrire

sentimenthèque

Paroles, (Jacques Prévert), — au chevet de l’enfance — pour la sensualité (son goût d’interdit alors) de Barbara, épanouie ravie ruisselante sous la pluie  Little women, (Louisa May Alcott), — me refuse au titre traduit car on se fiche bien du docteur March — pour Jo qui devient écrivain, que j’allais chercher à chaque lecture (six fois au moins entre Continuer la lecture# L4 | le goût de lire, le goût d’écrire

#L3 | entre mes paumes

oui c’est désagréable tout de même comme elle s’obstine à dire je ne comprends pas oui ça me rend un peu folle elle ne fait même pas l’effort de faire semblant elle ne veut pas savoir elle se tient là sur le côté avec ses certitudes gonflées d’orgueil elle coupe court à toute tentative oui c’est blessant à la fin Continuer la lecture#L3 | entre mes paumes

#L2 | il regarde la mer

La lente dérive des îles sœurs, séparées par l’effondrement de l’écorce terrestre. Si elle était arrivée en bateau, elle aurait senti l’odeur de feu, d’immortelles, elle aurait vu l’ombre nette des palmiers sur la place Saint Nicolas, l’éclat du levant. Il a réservé un logement dans la vieille ville, idéalement placé entre la citadelle et la place Saint-Nicolas où il Continuer la lecture#L2 | il regarde la mer

#P 2 | sur la route

en voiture, on y va, sur la route, la route étroite, le bitume, sur le bitume la chaleur, la chaleur autour, le macadam suinte des mirages, l’asphalte, au-dessus la brume, au-dessus l’orage, fatalement la pluie, la pluie d’été, la pluie en flaques, sur la route des flaques, des flaques d’odeurs, l’enrobé tiède sous la pluie, le pétrichor, les yeux rivés Continuer la lecture#P 2 | sur la route

#P1 | jusqu’au jour tiède

à l’hôtel Mattei, recroquevillée sur un lit de camp, la nuit tapie dans les angles, la litanie de cauchemars à voix haute de l’aïeule sur l’avant-bras l’empreinte des vagues du velours vert et rassurant, le nez réfugié dans le pli moite du coude un vrai silence, un silence de doutes, d’ombres, puis le bruissement du peuplier, le vent se lève Continuer la lecture#P1 | jusqu’au jour tiède

#L1 | revenir

Arriver c’est revenir, se charger d’impatience. Depuis le hublot attraper la densité des nuages accrochés sur la crête du Monte Stellu, la côte ouest du cap mâchant la mer, la netteté des routes minuscules sur le versant est. À peine le temps de repérer le plan familier de la ville, longer la lagune pour déjà se poser sur la piste Continuer la lecture#L1 | revenir