A propos de Sylvia Boumendil

J'ai été éducatrice puis formatrice. J'ai suivi une formation "Histoire de vie en formation" à l’université de Nantes, un séminaire à Paris 8 "Faire l'histoire de nos apprentissages de la lecture et de l'écriture" et j'ai été formée à l'animation d'ateliers d'écriture dans la maison de Julien Gracq à St-Florent sur Loire "Lire et écrire en pays de Loire". J'ai publié un livre d'art et des textes dans des ouvrages collectifs. Sites : ecrire44.fr / sylviaboumendil.fr

autobiographies #08 | un lieu, quatre espaces

C’est dans une chambre très sombre ; une chambre où il y a eu une morte ; elle est morte dans cette chambre ; alors ça sent la mort ; elle était vieille ; on aura beau ouvrir la fenêtre, ça sentira toujours la mort ; et les enfants contraints de dormir dans cette chambre ; faut bien caser tout Continuer la lectureautobiographies #08 | un lieu, quatre espaces

Le bracelet élastique

Sans mentir, j’ai une tendresse toute particulière pour les élastiques. Je parle ici des bracelets élastiques. J’ai toujours un brin d’émotion quand je rencontre un élastique. Est-ce le souvenir du poignet fripé de grand-mère souvent cerclé de ce fin caoutchouc ? «On ne jette pas, ça peut toujours servir ». Elle disait ça. Un élastique ça peut toujours servir. Moi je Continuer la lectureLe bracelet élastique

Sauvage

Je ne peux pas la tordre, je ne peux pas la suspendre, je ne peux pas l’écraser ni la réduire en cendres, je ne peux pas l’affaiblir, la secouer, l’obliger, je ne peux pas l’interrompre, elle glisse entre mes doigts et morte, elle bouge encore, les eaux-mortes sont vivantes, je ne peux pas la combler, je ne peux pas l’ignorer, Continuer la lectureSauvage

Pas lui sans elle, pas elle sans lui

Toujours il téléphone, toujours, à elle, il lui téléphone tous les jours, deux fois au moins au téléphone, deux par jour, c’est lui qui appelle, il l’appelle, il sait le numéro, il fait son numéro, il distingue bien les touches du téléphone, il sait le numéro par cœur, il compose le numéro et elle attend, elle attend qu’il appelle. Toujours, Continuer la lecturePas lui sans elle, pas elle sans lui

VIEILLE

Sans cesse elle va elle vient dans un bruit de chaussons glissés parce qu’elle est vieille de cette génération qui dit “Docteur” en s’adressant à son médecin de famille et “Maître” à son notaire son dépositaire d’exigences son garant qui ordonnera ses dernières volontés, parce qu’elle est vieille elle traîne des pantoufles des pantoufles usées qu’elle porte comme des claquettes, Continuer la lectureVIEILLE

CLIgnancourt 03 89

Clignancourt 03 89N’a de sens que pour ceux qui ont connu le téléphone bakélite noir à cadran blanc avec écouteur et fil tirebouchonné. L’index dans le cadran, la poussée vers la droite. Plus ou moins retenue la poussée selon le chiffre et la lettre à composer. Trois lettres, quatre chiffres et pas de touche.– Je te donne mon numéro, appelle-moi Continuer la lectureCLIgnancourt 03 89

3 PERSONNAGES EN QUÊTE

ELLE– Une bouche comme une arche au dessus du menton qui inspire on ne sait pas vraiment quoi, lassitude, dégoût, dédain, haine ? Elle ne regarde pas en face. Ecoute-t-elle celui qui parle ?– En son for intérieur : une cabane en forêt, le bruit croissant d’un cor de chasse.– Dernier passage du bateau bus. Un homme emmitouflé descend en Continuer la lecture3 PERSONNAGES EN QUÊTE

Son grand-père

Je l’ai vu une seule fois. C’était chez mon amie Sylvie. Un appartement modeste dont les murs étaient tapissés de livres de poche bien souvent écornés. C’était petit, moche, encombré d’objets inutiles, de petites “boîtes à tout” et de coupelles poussiéreuses dans lesquelles s’accumulaient élastiques, trombones plus ou moins rouillés, piles déchargées sans doute, listes de courses inutiles, le reste Continuer la lectureSon grand-père

CROQUER C’EST VOLER ?

NANTES/PARIS – TGV 11h02 Les suspensions moelleuses s’accordent au bruit des mécaniques. Le train avale des paysages. Le film est saccadé. La campagne est parfois désolante. Le type là, à deux sièges de moi, dans le sens inverse de la marche. Je lâche mon livre pour l’observer. Mastique un chewing-gum. Martèle frénétiquement sa tablette. Rumine sa gomme comme si ça Continuer la lectureCROQUER C’EST VOLER ?

ILS ELLES EUX

Ils épinglent leur regard au panneau mécanisé clic-clac des horaires et des quais ils attendent debout piqués statue ils tripotent des écrans petits lumineux ils sandwichent jambon beurre un perrier bourdonnement ronron permanent ils chewing-gum cigarettes dehors elle débite carte bleue sans contact ils poussent ils tirent ils allongent les pas ils courent elle béquille pas facile attention elle regarde Continuer la lectureILS ELLES EUX