autobiographie #01 | Papier de verre

Le vent. Le paysage en larges bandes, liserés de sable, d’eau et de ciel. Le contact mouillé des pierres lisses, tranchantes, parfois ourlées d’algues molles. Le pied glisse, se rattrape, échoue dans le sable vaseux. C’est marée basse. Le picotement du sel. Lentement grignote et corrode. Sel, vent, sable. Paysage papier de verre. Le temps n’existe pas. Ce qui flue reflue et qui reflue un jour a flué. Le sable crisse. Et à l’oreille le son est froid.

L’hiver qui vient. Les pavés et les canaux. Une brocante s’étale. Le ciel est blanc. Sur les places, des beffrois et des cafés aux couleurs chaudes. La pièce est en désordre, des chopes et des reflets de bois, d’ambre et de cuivre et puis des courges aussi. Le rouge voisine le gris. Des maisons alignées, deux trois étages, guère plus. Au mur les tableaux de Brueghel. Le lacet fin de petits patins. Sur la glace, glisser, danser en rond. La neige scintille au pied des troncs gras. Scintiller. Vaciller. Lumière qu’un rien ravive, pétille et se colore pour se mourir encore. Brunes, les feuilles pourrissent. Tous les paysages dit-on, tous les paysages remémorés sont paysages d’hiver. Rumeur. Le goût ferrugineux de l’eau que l’on extrait du puits et le bout des orteils incolore. La chaussure est humide. L’alcool gouleyant. Monde d’estomac et de gosier, de sauce et de gibier. Sur la peau, la couverture est légère, râpeuse un peu. La nuit est claire et les étoiles de givre. La vitre est mangée de buée. La nuit sera froide. Le corps se crispe. Et pourtant le désir d’ouvrir la fenêtre, et de tendre le cou à l’air, au vent, aux ombres dehors, éperdu, à tout ce qui coupe, à tout ce qui tranche.

Il est cinq heures. L’estomac endormi. L’écœurement d’une cigarette. Dehors c’est frais. Le poids du gros vélo qui roule et roule. Elle emprunte les sens interdits. Et puis les nationales. Alors les gros camions, plus gros que le gros vélo qui roule et roule. Le vélo s’évade et divague à travers les champs. Quelques rues au hasard empruntées pour leur nom. Dans la campagne les fils électriques tracent une direction. Le soleil frappe les mains roulées sur le guidon. Les villes sont propres. Places églises et fontaines. De petits bancs aussi. L’odeur de suie. Il y a longtemps, le passage des hussites et l’église incendiée. Le glouglou tranquille de l’eau dans la fontaine. Les passants dorment, même marchant dorment, engourdis au soleil et bercés par leur pas qui claque.

A propos de Marion T.

Après tout : et pourquoi pas ?

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