autobiographies #10 | juste une matinée.

Elle se réveille.
Elle pose ses petits pieds sur le sol froid.
Elle pose son visage contre la vitre.
Elle souffle avec sa bouche. 
Elle fait de la buée.
Elle regarde dehors.
Elle tient son doudou serré contre elle.
Elle voit un petit chien marcher.
Elle lui fait signe de la main.
Elle appelle « maman «. 
Elle attend.
Elle sent la main de sa maman se poser sur sa tête 
Elle caresse les cheveux de sa fille.
Elle lui demande « tu veux un chocolat chaud ? « 
Elle répond « oui ».
Elle dit : « va voir papa, il est dans la cuisine «. 
Elle s’en va pieds nus et doudou au cou.
Elle la suit du regard puis se retourne vers la fenêtre. 
Elle voit un petit chien dehors.
Elle le regarde faire pipi sur le trottoir. 
Elle suit des yeux une voiture qui se gare.
Elle admire le soleil qui se lève. 
Elle dessine un rond dans la buée de sa fille.
Elle sourit.
Elle soupire.
Elle doit se préparer pour travailler. 
Elle se dirige vers la penderie blanche sans portes.
Elle choisit un jean une chemise et une veste.
Elle soupire de nouveau devant son bordel à lui.
Elle contemple le lit.
Elle aimerait se rendormir. 
Elle aimerait refaire un câlin avec sa petite comme ce matin à l’aube.
Elle sort de la chambre les vêtements contre sa poitrine.

Elle jette un œil dans le couloir.
Elle entre rapidement dans la chambre. 
Elle regarde dans la penderie. 
Elle a son casque sur les oreilles.
Elle danse en contemplant les fringues.
Elle jette un œil vers la porte. 
Elle regarde si personne ne vient.
Elle passe ses mains dans les vêtements. 
Elle choisit une veste.
Elle la glisse contre elle.
Elle surveille le couloir – personne !
Elle fonce dans sa chambre.
Elle rentre à moitié nue dans sa chambre.
Elle a oublié une culotte.
Elle cherche dans le tiroir.
Elle en trouve une, noire à dentelles. 
Elle l’enfile. 
Elle sent la porte s’ouvrir doucement. 
Elle dit précipitamment « attends «. 
Elle finit de mettre sa culotte. 
Elle accroche sa serviette autour de ses seins.
Elle lui dit d’entrer. 
Elle la regarde « et ton chocolat ? ».
Elle entend la petite voix « c’est trop chaud ».
Elle répond « souffle dessus «. 
Elle la pousse gentiment dehors.
Elle retourne dans la salle de bains.
Elle se glisse casque sur les oreilles dans la chambre. 
Elle pique rapidement des bas.
Elle guette et ressort.
Elle revient habillée. 
Elle s’assoit sur son lit.

Elle entend de la musique dans le couloir.
Elle entend « bon salut maman à ce soir”. 
Elle s’exclame « he bisou ! ».
Elle entend crier dans l’escalier « pas le temps ! ».
Elle sursaute à la porte qui claque.
Elle se sent fatiguée. 
Elle ouvre un tiroir et le referme.
Elle range une paire de chaussettes tombée.
Elle se dit qu’il faudrait repeindre.
Elle passe un doigt sur la poussière. 
Elle suit des yeux le chemin d’une petite araignée sur le mur blanc. 
Elle se dit qu’il faudrait nettoyer cette tache de sang de moustique séchée. 
Elle entend son amoureux dire « allez dépêches toi on va être en retard «. 
Elle entend les petits pas courir.
Elle entre dans la chambre. 
Elle saute toute emmitouflée sur le lit.

Elle se jette au cou de sa maman.

Elle l’embrasse, baiser mouillé.

Elle lui dit « à ce soir, je t’aime ».

Elle fait elle aussi un baiser.

Elle regarde la porte se refermer.

Elle essuie une larme.

Elle ouvre la porte fenêtre.

Elle se rend sur le balcon vert pomme.

Elle voit le parking et la petite école.

Elle fait coucou avec sa main.

Elle rentre.

Elle referme la porte fenêtre.

Elle a eu froid.

Elle s’allonge sur le lit.

Elle froisse ses vêtements.

Elle se redresse.

Elle remets un cadre qui penche.

Elle ouvre un livre de chevet.

Elle le referme.

Elle se remet à la porte-fenêtre.

Elle entend la porte d’entrée ouvrir.

Elle ne se retourne pas.

Elle le sent se glisser contre elle.

Elle ne se retourne pas.

Elle le laisse la caresser.

Elle a envie de lui.

Elle se laisse faire.

Elle s’allonge sur le lit.

Elle fait l’amour.

Elle appelle son travail.

Elle dit qu’elle sera en retard.

Elle se rhabille.

Elle l’envie de rester là.

Elle l’embrasse.

Elle s’en va.

Codicille: j'aurai voulu que tout le texte soit serré, ligne par ligne, mais les phrases ont fait n'importe quoi, ont sautés les lignes et je n'ai pas su les remettre. Tant pis, on peut quand même lire !

A propos de Clarence Massiani

J'entre au théâtre dès l'adolescence afin de me donner la parole et dire celle des autres. Je m'aventure au cinéma et à la télévision puis explore l'art de la narration et du collectage de la parole- Depuis 25 ans, je donne corps et voix à tous ces mots à travers des performances, spectacles et écritures littéraires. Publie dans la revue Nectart N°11 en juin 2020 : "l'art de collecter la parole et de rendre visible les invisibles" https://www.cairn.info/revue-nectart-2020-2-page-132.htm www.clarencemassiani.com

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