#anthologie #25 | Hyperosmie

CarnetÀ l’appel de cette proposition inspirée par Ryoko Sekiguchi, je vais regarder mon carnet de l’hiver 2022. Surprise, il s’ouvre par ce mot : « L’odeur ».Je le parcours rapidement. Je repère une seule autre occurrence : « Les pieds en l’air – l’odeur de l’herbe – et ce serait l’été. » Verbeen latin, sentireen français, sentir : par le nezen italien, sentire : par les Continuer la lecture#anthologie #25 | Hyperosmie

#anthologie #26 | Loin du jour

Il croise ses doigts fait craquer ses phalanges, l’envol des oiseaux de nuit lui tétanise ses pas, il s’assoit, il a perdu le silence, l’air comprimé dans sa cage thoracique s’échappe dans un grand soupir. Il voulait connaître les bruits de la nuit, un froissement lui touche la joue, sûrement un papillon de nuit, le vivant de la nuit, les Continuer la lecture#anthologie #26 | Loin du jour

#anthologie #27 | Une femme arrive dans l’Île

UNE FEMME ARRIVE DANS L’ILE pour la garder. Recrutée sur concours, elle a été jugée forte et persévérante, « domine largement les candidats masculins ». Elle n’a pas quarante ans, grande musclée et souriante, elle n’est pas vraiment belle, solide et avenante. Célibataire avec une expérience de plusieurs années. Sa mission consiste à préserver la biodiversité de l’ile et tout particulièrement d’assurer Continuer la lecture#anthologie #27 | Une femme arrive dans l’Île

#anthologie #26 | une voix comme une caresse

Ce serait comme entendre à travers un voile ou un brouillard. Les brumes de l’alcool opacifient, l’oreille tambourine et déforme, acouphènes sûrement, surdité à demi. Ou serait-ce n’entendre que ce qu’on souhaite entendre. Le cerveau nimbé perçoit des voix qu’il reconnaît sans traduire les mots. Il y a éclat de joie, il y a inflexions, tessitures plus basse, scansions chants. Continuer la lecture#anthologie #26 | une voix comme une caresse

#anthologie #27 | quelquefois un homme une femme un paysage

Quelquefois un homme qui marche sur une routeQuelquefois un homme une femmeQuelquefois un homme une femme qui s’immobilisent dans la lumière— on assiste à leur rencontre dans un suspens des bruits et des respirations et on supplie pour que la vie prenne en ce peu d’espace entre eux comme une graine mise en terre, comme un feu qu’on prépare pour la Continuer la lecture#anthologie #27 | quelquefois un homme une femme un paysage

#anthologie #27 | Elle, trois fois

C’est dans les choses. Elle ne peut pas faire comme si une chaise usée n’était qu’une chaise usée. Il y a eu, à un moment, une personne qui s’est assise dessus, y a ri, y a pleuré, y a vécu. La chaise a sa mémoire, comme le miroir sur lequel il y a encore la poussière, sur lequel il y a Continuer la lecture#anthologie #27 | Elle, trois fois

#anthologie #16 | L’armée

Lui la guarda da dietro i suoi occhiali chiari, ha lo sguardo cristallino dei Carpazi, e le mostra i « soldatini », il generale, il sergente maggiore, il caporale, il tenente, sono tutti pronti, dice agitando le avanbraccia e le braccia in aria in movimento scomposto, come se l’esercito fosse in ritirata e i soldati segretamente spaventati avessero preso la fuga, presto, Continuer la lecture#anthologie #16 | L’armée

#anthologie #18 | Pas de photos

Pas de photo. Pas de photo sur les murs. Pas de photo en vacances. Pas de photo en couple. Pas de photo de Noël. Pas de photo d’écran. Pas de photo échangées. Pas de photos sur les meubles. Pas de photos dans des cadres. L’album – ou les albums ? – sur l’étagère, derrière un petit meuble à rangement à tiroir, Continuer la lecture#anthologie #18 | Pas de photos

#anthologie #27 | Profondeurs

Page 1  Un jour , une gorgone  en lunette de soleil débarque chez quelqu’un. Elle est trempée , elle a nagé, elle est fatiguée. Et là , elle s’écroule. Tout le monde s’attend à ce que la gorgone soit malfaisante. Et non, en fait,  c’est une gorgone déprogrammée de sa propre image de Gorgone. Alors pourquoi une gorgone. Le mot Continuer la lecture#anthologie #27 | Profondeurs

#anthologie #27 | Nappes de vies du coin

1- Dans le café du coin flotte encore une vieille odeur de tabac froid. Cela fait bien longtemps qu’on n’y fume plus mais demeure cette nappe indélébile, inextricablement liée à celle des petits verres du comptoir, formant avec elle une sorte de couple diabolique. Nelly a dix ans. Son père commande un jaune et une limonade pour la p’tite.  2- Elle Continuer la lecture#anthologie #27 | Nappes de vies du coin