hors-série # 2 | sans couvercle et sans fin

Il existe depuis l’antiquité et sous multiples formes son suffixe déjà le détermine : «oir» indique un objet fonctionnel, arrosoir bougeoir armoire débouchoir urinoir butoir encensoir accotoir accoudoir dressoir crachoir vidoir…il est fait d’une devanture, de deux côtés, un derrière, un fond et n’a pas de couvercle. Il peut être multiple par deux par dix ou seul, grand large étroit Continuer la lecturehors-série # 2 | sans couvercle et sans fin

hors-série #2 | Frigidaire

Un bon frigidaire se tient debout, regarde droit devant, souffle froid dedans, domine toute cuisine bien conçue. Facile à vivre, simple d’esprit, ce brave pavé marche quand il est branché, déprime quand il est vide, s’éclaire à l’ouverture. Son absence choque : il manque un membre au foyer. L’oeil, jadis habitué aux forêts, ne peut plus s’en passer. C’est vers Continuer la lecturehors-série #2 | Frigidaire

hors-série #2 | matriculé

De bol, il n’y en a qu’un, c’est celui de Quimper, Quimper du fin bout de la terre et le bol parti avec elle un beau dimanche matin ; tout craquelé dans le creux de son sein le bol, de son sein ridulé ébréché fendillé fissuré fatigué, fatigué d’être bol, bol ayant vécu bien vécu fort vécu tant vécu chaque Continuer la lecturehors-série #2 | matriculé

hors-série #2 | les deux font la paire

A talons ou plates, nu-pieds ou fermées, montantes ou pas, en cuir, en daim, en tissu, en plastique, collées, cousues, rigides, souples, trop petites, trop grandes, confortables, blessantes, déformées, parfaites, faisant un mignon petit pied, écrase-merde, claquant comme sabot, discrètes comme chausson de cambrioleur, toutes belles toutes cirées, toutes dégueulasses de boue ou de peinture, toutes neuves ou ayant bien Continuer la lecturehors-série #2 | les deux font la paire

hors-série #2 | la politesse du revolver

Le ventre poli de la crosse. Tout rond. Presque doux. Presque discret. Qui se la raconte pas. Poli quoi. Si seulement il n’était pas accroché là. On ne parlerait pas de lui comme ça. Il pourrait partir et tout recommencer. Il pourrait avoir une vie à lui. Une vie dans des galeries. Pourquoi pas ? Détaché du reste, il pourrait faire Continuer la lecturehors-série #2 | la politesse du revolver

#P 6, une semaine un journal

1. Amie.Tu sais que tu la retrouves toujours comme hier, avenante, rieuse, positive. Le verbe haut, fort, ar-ti-cu-lé, savourant un récit toujours prêt à raconter, avec sa voix l’intense de son regard bleu, conter la vie, la sienne, celle des autres, mise en chair de mots dont elle se régale, te régale. Tu vas penser : si différente de moi. Continuer la lecture#P 6, une semaine un journal

hors-série #2 | le pied à coulisse

Tête et bec, le pied à coulisse a tout du héron. Il somnole dans son boîtier en hêtre, l’oeil horizontal mi-clos – à moins qu’il ne guigne la main prête à le saisir ? Saisissez-le : s’il ne se défend guère, ses arêtes métalliques ne portent pas à sourire ; l’acier froid, la lourde tête, l’oeil nictitant, tout vous parle d’un office sérieux : Continuer la lecturehors-série #2 | le pied à coulisse

hors-série #2 | les torchons de ma mère

J’utilise les torchons de ma mère. Je n’en ai jamais retrouvé de la même qualité. Solfin, c’est leur marque : en coton épais ou fin, en lin, nid d’abeille ou lisse, quadrillé ou juste bordé d’un liséré de couleur, de couleur ou blanc, j’en ai toute une collection ; les torchons de ma mère serviront encore à ma fille. C’est le seul Continuer la lecturehors-série #2 | les torchons de ma mère

hors-série #2 | la lampe

Elle est toujours posée sur la table. Parfois isolée, souvent entourée d’autres objets, vis-à-vis desquels elle occupe une place antérieure, prééminente: à fois la première et la dernière. Elle est l’objet qui restera quand tout ce qui encombrait la table aura été débarrassé. Aux côtés du chat, lui-même quelquefois assis sur la table, elle apparaît de taille modeste, petite comme Continuer la lecturehors-série #2 | la lampe

hors-série #2 | la spatule de cuisine ajourée

C’est une main aux doigts rigides et naïfs, dont l’empan fait l’exacte largeur de ma paume, mais elle est plus intelligente que la mienne car elle possède dans sa semelle en inox cinq interstices d’égale longueur, sertis d’une bride arrondie et pleine, qui lui permet de travailler à des tâches culinaires que je ne pourrais pas accomplir moi-même (la nature Continuer la lecturehors-série #2 | la spatule de cuisine ajourée