Oh alors si c’est ça

Il est beau comme un dieu. Il se tient bien droit sur ses deux jambes et son corps tout entier est un appel à la vie. Si l’on regarde son visage, tout change. En forme de poire, son ovale s’affaisse largement et dangereusement sur son menton. Ses yeux écarquillés toujours et ronds comme ceux du hibou donnent à penser que l’engloutissement est proche.

En son for intérieur : elle sait qu’elle a vu les immondes verrues parcourir chaotiquement les plages à la recherche d’un joli brin d’alcôve où couver de toutes leurs bouches, les paroles insensées. Elle sait qu’elle n’ aura pas son mot à dire quand son mari lui intimera l’ordre de les habiller. Pour l’instant, elle détourne la tête.

Julo est parti chercher les pompiers. Sa mère lui a confisqué son téléphone et il se sent en danger. Il marche vite tout en regardant autour de lui pour s’enquérir que nul passant ne cherche à entraver sa course. Les pompiers, il connaît. Avant, il en était. Il peut compter sur eux. Un oiseau, genre martinet, est entré chez lui et ne veut déguerpir. Faut de l’aide. Lui, il peut pas. Les plumes, c’est pas son style.

Oh alors si c’est ça, j’peux pas vous dire où ils l’ont mis. C’est que le cimetière il est grand. Y’a pas à dire. On est bien ici y’a des arbres et les tombes elles sont bien rangées. Pour moi, il devrait être dans cette allée, c’est celle où ils travaillent le plus. Ils creusent, ils couvrent, ils font des monticules. Ils ont les bons outils. Ca y va. Même des aspirateurs oui, oui. Quand y sont pressés par le temps, y mettent les bouchées double. Et hop que je te déblaie celui-là vite fait. Et ça fleurit partout par là. C’est joli. C’est tranquille, enfin quand les bonnes femmes s’y mettent pas. Parce que entre les pleurnicheries et les coups de pelle quand on veut leur piquer leurs tombes j’vous dis pas le grabuge. Bah on n’est pas des saints. Ca vous tenterait un ptit verre de blanc ?