personnages #1 visages

visage effacé. glisse dans le flou du souvenir. ressemble à une ombre ternie par l’usure du temps. absent de la mémoire. perdu au milieu de nulle part. supprimé à la vie. à quoi se raccrocher lorsque même l’idée du visage s’en est allé. vers qui se retourner pour faire resurgir le rien ? 

visage absent à lui-même. en quête d’identité. en recherche de sa propre reconnaissance. envie de lui associer des contours. désir de lui recréer une existence, d’abolir l’éloignement, la distance

visage flottant dans un lieu indéfini, insondable. une entité sans identité dans un espace insaisissable. ça pose question

le regard dissimulé derrière une imposante monture de lunettes de soleil ; visage amputé ; visage taché ; visage au regard égaré, stoppé net par le verre protecteur

visage figé par le révélateur et le fixateur, en suspension dans la lumière opaque du laboratoire. un fil tendu entre deux parois. une collection de pinces. que dit ce regard tourné vers un point imaginaire du hors champ ? là, une brèche s’est ouverte. l’imaginaire s’y est engouffré. le visage s’anime malgré lui, hors de lui. la ride du souvenir œuvre en silence, écrit l’histoire du sourcil interrogateur, de la bouche gourmande, du grain de beauté installé au-dessus de la lèvre supérieure

visage dévoilé au détour d’une phrase trop ambitieuse. point de résolution d’une énigme. sensation d’avoir toujours su. et là, dans la fissure provoquée par la connaissance, le regard s’engouffre, réveille les ombres du non-dit. ce visage familier aux courbes délicate n’est autre que celui de la trahison.

regarde-toi ! / je ne vois rien. visage perdu.

visage réfléchi du soi en face de soi. trouble. la perte dans l’abîme de sa propre image. vertige. comme un renversement déséquilibré. comme une scission entre les deux parties du visage. toi tu es moi, mais moi je ne suis pas toi. comment expliquer ?

va te laver le visage ! / pas envie

visage fendu d’un sourire béat tout comme celui de l’ange qui s’émerveille de la bienveillance de son protéger. jour de fête. aucun nuage dans le ciel d’été. seuls les sourcils froncés présagent d’un avenir brumeux

visage du souvenir. se forme et se déforme dans le temps. se tord, se contorsionne et se détend. visage élastique. visage pâte à modeler. l’imagination ne cesse de le reconstituer, de le reconstruire comme un puzzle. l’oublie d’un détail qui resurgit au détour d’une phrase prononcée, d’une idée échangée, et façonne une nouvelle fois les contours incertains du visage oublié dans le temps 

visage fleuri

visage, que deviens-tu lorsque tu n’es plus là ? quels sont les souvenirs qui restent imprimés dans la mémoire ? un détail ? une expression ? une mèche rebelle ? un regard espiègle ? une bouche muette ? peur du temps qui passe, de la perte du plein, de la perte des contours, de l’effacement progressif, de la disparition définitive

visage, ce concept lointain et incontrôlable de l’image vivante immergée dans un présent unique. quand reviendras-tu ? quand cesseras-tu de jouer un rôle, ton rôle ? en auras-tu un jour terminé avec les apparences, avec ce filtre impersonnel comme une porte qui donne à la fois accès au dehors et au-dedans ?

mille visages ne font plus qu’un lorsqu’un visage devient mille