Solitude immense

Noir le cœur bat rouge suis tirée en avant poussée par derrière Noir Rouge oppressée entends cris ne sais pas que ce sont cris suis Terreur entends gémissements entends pleurs entends « Soufflez… poussez poussez… arrêtez !» suis Souffrance Violence Violence « Poussez poussez poussez » entends pleurs suis lumière glacée Violence Lumière Lumière « c’est une fille » entends grosse voix « et merde ! » Froid Froid Bruits bruit métal bruit « née 14h » entends « quel est le prénom ? » entends grosse voix « bon ben Catherine » ne sais pas que c’est moi ne sais pas ce qu’est moi. Vois ombres grises entends grosse voix «elle est moche comme tout cette petite » entends rires entends baisers sens baisers suis baisers vois formes en mouvement suis endormie suis ventre tordu ventre mordu Douleur Terreur suis cri cri cri suis faim et soif suis soulevée suis chaleur bout du sein suis lait tiède sucré suis bien bien suis mouillée suis pleurs suis soulevée reposée suis déshabillée Froid Froid suis soulevée suis posée Froid Froid ” trois kilos cent ” suis peau frottée étrillée cri cri cri suis soulevée suis parfum Maman suis soulevée dans parfum inconnu et mains dures suis Terreur cri cri cri suis dans berceau suis faim suis soif suis douleur suis pisse suis merde suis fesses brûlantes suis ventre martyrisé suis faim suis soif suis Solitude immense Solitude immense suis rassasiée suis changée suis au sec suis sourire. Entends « guili-guili elle a souri t’as vu elle a souri oh ses toutes petites mains oh ses tous petits pieds ce petit nez de rien du tout » vois visages suis visages suis monde suis bien-être entends « allez dodo !» entends clac ! suis Solitude immense suis cri suis larmes mouillantes suis main devant yeux suis mouvement de la main suis bien suis couleurs Entends « oh elle joue, elle joue ! Tu te rends compte ? suis visage Maman suis grands yeux noirs Maman suis mèche blanche tombant du front Maman. suis bras Maman suis complète suis bien être. Suis assise dans monde retourné. Suis debout dans monde vertical. Suis moi. Solitude immense. Suis parlante. Je parle. Tiens donne suis le maître du monde et des pigeons sur le toit. Tiens donne tiens donne tiens donne suis rire suis exultation suis petit clown ouistiti. Regarde regarde ! Suis force inouïe.

A propos de Catherine Plée

Je sais pas qui suis-je ? Quelqu'un quelque part, je crois, qui veut écrire depuis bien longtemps, écrit régulièrement depuis dix ans, beaucoup plus sérieusement depuis trois ans avec la découverte de Tierslivre et est bien contente de retrouver la bande des dingues du clavier...

12 commentaires à propos de “Solitude immense”

  1. Suis lisant suis étonnée suis sans je suis émerveillée par ce suis qui marque la non differenciation du nouveau-né. J’aime beaucoup ce parti pris très signifiant. Merci Catherine.

  2. et lui dis à la Catherine qui a trouvé le souffle pour accompagner sa mère, bon courage belle ça ne fait que commencer l’effort de vivre

  3. Le point de vue de la nouvelle née est magnifiquement rendu! Texte fort, émouvant et riche en notations de toutes sortes… Suis sensible à la déception d’apprendre que c’est une fille!!… Comme il est difficile d’apprendre à vivre! Heureusement qu’il y a cette perception de l’amour…

  4. Superbe texte !
    J’espère que c’est le chapitre 1 d’une petite série autour de l’enfance jusqu’à l’âge adulte.
    Et en dehors du ‘suis’ qui donne du rythme, il y a aussi cette lumière glacée, cette solitude, ce ‘et merde’ qui donne une force au texte.
    Et les petits choses comme le parfum, le poids etc. Ca rappelle que dans ce qui peut être douloureux il y a aussi de la douceur, du vivre, du vivant.

  5. Peut-être il y a de la solitude immense mais il y a aussi beaucoup d’humour, enfin je n’aurai peut être pas dû mais j’ai ri bien avec les et merde les bon ben Catherine les elle est moche…de toute façon quand on est maitre du monde et des pigeons et petit clown ouistiti et force inouïe …la solitude finit par voler en éclat enfin je crois.

  6. oups que de gentillesse, j’en suis toute retournée, merci à toutes, je retourne donc à mes lectures…

  7. on se retrouve presque à se rappeler avoir été bébé, avec tous ces suis de sensations…