A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. J'anime des ateliers d'écriture au lycée et maintenant un peu ailleurs. C'est l'horizon mais beaucoup de chemin encore !

#anthologie #10 | le cahier rose

Elle a 78 ans. Son mari vient de mourir. Le lendemain de l’enterrement, elle ouvre grand toutes les fenêtres et laisse respirer la maison aux quatre vents toute la journée. Le soir, elle sort sur le balcon, porte-fenêtre ouverte, s’assoit et allume une cigarette. Cela faisait vingt ans qu’elle n’avait pas fumé. L’église sonne 21 heures. L’été est doux. Au Continuer la lecture#anthologie #10 | le cahier rose

#anthologie #09 | la femme en mille morceaux

C’est un soir du mois de juin que j’ai décidé de prendre le chemin opposé, le chemin opposé de la maison, ce soir-là et, à partir de ce soir-là, les autres soirs, j’ai décidé de ne pas rentrer chez moi, sans l’avoir même prémédité à un quelconque moment avant ce soir de juin, juste là, ce soir de juin donc, Continuer la lecture#anthologie #09 | la femme en mille morceaux

#anthologie #08 | deux chambres une porte

On est en juillet. Comme alors. La maison rouge est vide. Elle ne dort plus dans le lit de camp qui a disparu depuis mais dans le grand lit. Absolument seule dans le silence de la maison rouge.  Le halo de la lune fait briller la poignée toute ronde en cuivre de la porte mitoyenne avec l’autre chambre. Elle ne Continuer la lecture#anthologie #08 | deux chambres une porte

#anthologie #07 | notation du soir (carnet)

26 juin Ombres portées des volets de bois jaune cuivré sur les murs blancs du bureau. La lumière est douce, jaune orangé et le ciel tout rose chargé de gros nuages mauves. Il a plu aujourd’hui. Les ciels sont beaux les soirs d’après la pluie.  Le jardin rosit puis grise à mesure que le soir tombe. Les couleurs se fanent Continuer la lecture#anthologie #07 | notation du soir (carnet)

#anthologie #06 | seule

Seule. C’est dans la nuit noire épaisse et le silence opaque qu’elle l’éprouve. Seule. Dans sa chair et ses oreilles et son visage et sa peau et son corps.  Seule. C’est dans la nuit noire toute gorgée de silence qu’elle convoque la mémoire des battements de la peau. Seule. Qu’elle en appelle au souvenir du tout palpitant cotonneux et mouvant. Continuer la lecture#anthologie #06 | seule

#anthologie #05 | la femme aux mots empêchés

…les mots roulent dans ma tête roulent de ma tête à ma bouche mais le soleil cuit le soleil me cuit et le corps bout et les mots et mes lèvres et mes bras et mes jambes trébuchent sur le pavé à force de chercher l’ombre et un visage, c’est la faute au soleil, c’est lui qui fait trébucher mon Continuer la lecture#anthologie #05 | la femme aux mots empêchés

#anthologie #04 | habiter (fragments)

1 Les dernières années de sa vie, ma grand-mère a habité une chambre dans un EPHAD à un étage sécurisé d’où il était impossible de sortir librement. Elle qui adorait sa petite maison et son jardin tout en longueur à flanc de côteaux, la Sèvre en contre-bas. Le meuble télé et la télé dessus. Un fauteuil. Un grand pêle-mêle et Continuer la lecture#anthologie #04 | habiter (fragments)

#anthologie #03 | le marque-page

Le marque-page est posé là sur mon bureau. Je le prends entre mes doigts, délicat fragile lumineux je me dis. Et puis j’ai reposé le marque-page sur le bois ocre veiné de mon bureau et j’ai creusé sa lumière. Le marque-page, tu me l’as donné de main à main, un après-midi de lumière brûlante et de moiteur et de mer Continuer la lecture#anthologie #03 | le marque-page

#anthologie #02 | et les pouces tourneraient

elle serait là assise sur une chaise, le regard légèrement baissé, dans le vide, aspiré par le vertige des ruminations intérieures, et les pouces tourneraient tourneraient  tourneraient, l’un sur l’autre aussi vite que les vieilles mains le permettent, ils tourneraient jusqu’au vertige eux aussi, tout contre l’immobilité du voilage de la porte-fenêtre qui donne sur le perron et sur la Continuer la lecture#anthologie #02 | et les pouces tourneraient

#anthologie #01 | jeudi matin

Jeudi matin | 3ème jour d’épreuve Trouver une place le long du lycée dans la rue en cascade qui se jette sur le front de mer. Végétation qui sourd et pousse et crève jusqu’à dégringoler parfois en panache, à la faveur d’une fissure à même le mur. S’en étonner toujours. Se promettre encore une fois de prendre le temps de Continuer la lecture#anthologie #01 | jeudi matin