autobiographie #03 | frondaisons

Au milieu du parc, en bordure du sentier, il est un grand hêtre roux au tronc large et massif. Sous les frondaisons, s’enlacent les couples, musardent les étudiants, lisent et rêvent les promeneurs, debout, assis, étendus sur le sol sec et dépourvu d’herbe. L’ombre y est large est fraîche l’été. L’hiver l’air y est dense et le tronc dégage des effluves vivaces et tièdes. Ses racines cheminent, prospèrent, s’avancent, perforent sûrement, placidement les terres de la ville de Sceaux, ou seraient-ce celles de Bourg-la-Reine ? Il est des racines solides et mûres, profondes, qui ignorent villes et frontières.

Il dit. Le temps est long et le vent sûr. Et toujours l’eau s’en vient qui tombe ou qui s’élève. La sève circule sous l’écorce, en succion lente et régulière. Il dit. Respire et vis et ne t’agite trop. La vie est rare, le temps est long et le vent sûr, l’air électrique.

Des silhouettes éphémères assises, debout, étendues dont les poitrines se soulèvent. Sous les frondaisons, une vie subreptice, un jeu d’ombres chinoises. Apparitions, disparitions. Le bruit de la bouteille que l’on débouche et du liquide clair qui s’écoule dans la gorge. Sous les frondaisons, déglutissent, aiment et sanglotent, des êtres aux membres courts, aux doigts fins et déliés, avortons de racines.

Il dit. Le temps est long et le vent sûr. Gâcher de l’eau ainsi insulte la misère. De larges feuilles rouges aux saillantes nervures parsèment le sol humide. Il dit. L’hiver vient que suivront le printemps, l’été et l’automne, et puis l’hiver encore. Par endroit les racines ondulent et soulèvent la terre. La courbure d’une nuque enveloppe le bois. Parmi les feuilles, les cheveux blonds ruissellent.

Les lycéens rient, courent et s’égaillent. Les corps menus sautillent dans le parc vaste, traversent l’ombre et dorent au soleil. Des gazouillis d’oiseaux et des froissements d’ailes. De petits cœurs pulsent, s’émiettent, chavirent et se recollent pour se briser encore. Lèvres et abeilles butinent.Tout être est un moineau pour le grand hêtre roux.

Sous les frondaisons tout passe. Rien ne pousse. L’ombre y est large et fraîche. Il dit. Le temps est long et le vent sûr. Qui palpite s’épuise. Se réjouit qui ignore. Le printemps s’achève ou est-ce l’été déjà ?

A propos de Marion T.

Après tout : et pourquoi pas ?

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