#voix | Qui perd ses dents

Degas – La fumée d’usine

Voix basse marmonnée, grave sans gravité, faible rugissement cotonneux bercé de courants d’airs, elle repose dans l’espagnol, s’excuse en français. Le basque rond y a laissé mille empreintes chuintantes, ronronnantes, peluchées, è, a, p, b, r enroulés. Assoupie dans la gorge et la bouche trouée, elle baisse les yeux, les commerçants froncent les sourcils, les amis tendent l’oreille, les enfants seuls entendent, elle est faite pour eux. En jeu elle prend l’espace, raconte, invente, rit, éclate, pétarade, s’écarquille. C’est le soir. La drogue, l’alcool et l’usure l’internent de force, l’empêchent, la tirent, la défigurent, la broient, le dentier claque en suçotant, les poumons perdent la bataille, elle s’éteint sur la pointe des pieds.

A propos de Lisa DIEZ

Chercheuse polyvalente, sorte d'artiste tout-terrain. Site en construction : www.atelierdiez.com

6 commentaires à propos de “#voix | Qui perd ses dents”

Laisser un commentaire