A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. J'anime des ateliers d'écriture au lycée et maintenant un peu ailleurs. C'est l'horizon mais beaucoup de chemin encore !

autobiographies #07 | trois portes (pour commencer)

La porte de l’appartement HLM orange. L’ouvrir et la refermer précautionneusement, sans faire de bruit. Il y avait sans doute la porte de l’immeuble aussi. A ouvrir. Une porte lourde qui se refermait sous propre son poids dans un léger claquement net et sans bavure. Probablement. Cette porte-là, je ne la sais plus. En revanche, je me souviens de la Continuer la lectureautobiographies #07 | trois portes (pour commencer)

autobiographies #02 | Djibril et Sidonie (pour commencer)

Djibril est en retard. Il a rendez-vous à 15h00 à la piscine municipale. Ses copains vont l’attendre et il n’aime pas ça, faire attendre les copains. On dirait que sa mère le fait exprès. De le mettre en retard. Elle n’aime pas le voir disparaitre tout un après-midi. Il le sait. Elle n’aime pas l’été et les grandes vacances et Continuer la lectureautobiographies #02 | Djibril et Sidonie (pour commencer)

autobiographies #01 | paysages-trajets

1 Voyage de nuit. Sommeil d’enfant transbahuté et puis posé contre le rêche d’une couverture dans le frais d’un sac de couchage sur la plage arrière du fourgon jaune moutarde. Odeurs de gasoil. Râle poussif du moteur qui fait trembler les corps. Effets stroboscopiques de la lumière des réverbères dans l’habitacle. Paysage urbain haché, en creux dans les interstices lumineux Continuer la lectureautobiographies #01 | paysages-trajets

#P12 | une ville invisible

1. Une jeune femme s’assoit sur la margelle de la fontaine. Allume fébrilement une cigarette. Pour la jeter brusquement et bondir à l’assaut de la rue déserte. 2. Un jardin frémissant dans l’air du matin, imperméable à la rumeur naissante de la ville. Fragments de ciel bleu à travers les branches du cerisier. Sur la petite table, deux tasses de Continuer la lecture#P12 | une ville invisible

#P11 | grain de voix de bruits de vies

grain de voix de bruits de vies dans la ruelle par temps de pluie suit la rumeur du vent avant la pluie qui trombe tambourine sur les tôles déluge en ruelle grondante fait taire la ville sous l’averse avant de s’égoutter brusquement en bruissements d’eaux flic flac floc bientôt asséchés par le soleil cuisant grain de voix de bruits de Continuer la lecture#P11 | grain de voix de bruits de vies

# P10 | C’est plus fort que moi

C’est la java bleue, la java la plus belle, celle qui ensorcelle, et que l’on danse les yeux dans les yeux. C’est quelque chose quand même. C’est plus fort que moi. Peux pas m’empêcher de chanter. Continue, c’est beau, mamie. C’est pas rien quand même. Cette histoire. Celle qui ensorcelle. Cette chanson, je peux pas m’empêcher de la chanter. C’est Continuer la lecture# P10 | C’est plus fort que moi

hors-série #2 | c’est un petit carnet

C’est un petit carnet. Des carnets, tu en as eu de toutes sortes : petits moyens grands, lignés, vierges, quadrillés, à spirales, à la reliure cousue, unis ou à motifs. De tous, celui-ci est le plus ancien que tu aies gardé. Petit calepin pèlerin du temps. Porteur de mémoire. Il ne paie pas de mine, il n’a l’air de rien ce Continuer la lecturehors-série #2 | c’est un petit carnet

#P9 | Rémi (mon doux fantôme 2/2)

C’est une photographie en couleurs dix par quinze. Au verso, aucun indice de date. Pas de mention de lieu. Rien qui permette une quelconque identification. Simplement, en filigrane, la mention « Papier fabriqué par Kodak ». A chaque coin de la photo, une légère éraflure en forme de point. Trace d’épingles on dirait. Pas de trous pourtant. En haut, tout au bord, Continuer la lecture#P9 | Rémi (mon doux fantôme 2/2)

#P8 | Louis (mon doux fantôme 1/2)

Un portrait en noir et blanc. Tu es allé chez le photographe ce jour-là. Tu es très élégant. Vrai, on dirait un acteur de cinéma. Veste, chemise blanche, cravate. Front haut et dégagé. Tu as soigneusement peigné, lissé tes cheveux vers l’arrière. Mais ce qui frappe à bien te regarder, c’est l’ombre. Tu ne poses pas tout à fait de Continuer la lecture#P8 | Louis (mon doux fantôme 1/2)

#P7 | C’était à Vieux-Fort

S’apercevoir qu’on a ressassé un cadre, qu’on a posé régulièrement une fenêtre – visuelle, mentale puis photographique – sur un même petit bout du monde comme pour capturer la sensation de plénitude chaque fois étonnamment vive, tenter d’épuiser la beauté du lieu, en saisir les nuances, éveiller les souvenirs, ranimer le paysage quand le besoin s’en ferait ressentir et que Continuer la lecture#P7 | C’était à Vieux-Fort