A propos de JLuc Chovelon

Prof pendant une dizaine d'années, journaliste durant près de vingt ans, auteur d'une paire de livres, essais plutôt que romans. En pleine évolution vers un autre type d'écritures. Cheminement personnel, divagations exploratives, explorations divaguantes à l'ombre du triptyque humour-poésie-fantastique. Dans le désordre.

#40jours #19 | théâtre de gare

Je suis un poisson immobile au fond de la rivière. Des rivières, il y en a plusieurs. À ma droite, les quais des trains. Dix, quinze, j’ai du mal à compter. À ma gauche, la sortie du métro. Deux escaliers roulants qui font apparaître des statues de personnes qui prennent vie en arrivant en haut. Devant et derrière, des entrées Continuer la lecture#40jours #19 | théâtre de gare

#40jours #18 | conte à rebours

La Ferrari avait été pulvérisée sous l’impact. Anéantie. Quelques restes de tôles compressées. À l’orée de la forêt, le virage pour descendre vers la ville était un piège. Surtout à quatre heures du matin. Une courbe traîtresse où nombre de fêtards de la région avaient payé leur dû. Le nuage, mélange de poussières et de fumées, retombait lentement entre les Continuer la lecture#40jours #18 | conte à rebours

#40jours #14bis | disparition

Je ne suis pas tranquille, tout devient flou autour de moi. Je perds la netteté du contour des personnes qui m’entourent, je perds la subtilité de l’odeur d’un parfum de fleur, je perds le goût aiguisé du miel des montagnes récolté à l’automne. Je me perds. La lumière s’affaisse sur mon paysage écroulé, sur les ruines d’un passé éparpillé, sur les Continuer la lecture#40jours #14bis | disparition

#40jours #17 | bouts de chaînes, femmes sans travail

Elle est allongée au milieu des cartons et sert contre elle tout ce qu’elle possède. Une photo, une écharpe en laine, une boîte en fer. Elle ou il, il ou elle. Elle n’a plus de sexe, elle n’est plus un être humain, elle est tout juste vivante. Elle sent la pisse sans savoir si c’est la sienne. Car les autres, Continuer la lecture#40jours #17 | bouts de chaînes, femmes sans travail

#40jours #16 | réconciliation

J’étais en colère. J’étais en colère contre la ville. La ville m’avait mis en colère à cause de ce que j’y avais vécu, à cause de ce que j’y vivais. À cause de sa crasse, de ses excréments, de ses vomissures. Dans les rues goudronnées de noir, de gris et de puanteur, circule le sang empoisonné de l’abandon humain. Les Continuer la lecture#40jours #16 | réconciliation

#40jours #15 | déchiré

je vois la ville déchirée tout ce qui fait la ville est déchiré tout est déchiré comme les rues déchirées les immeubles déchirés les odeurs déchirées les gens déchirés les merdes de chien déchirées les amours déchirés les plaques d’égout les passages piétons les feux tricolores les boites à lettres déchirés déchirés déchirés l’affiche déchirée dont on ne voit plus Continuer la lecture#40jours #15 | déchiré

#40jours #14 | vous avez vos papiers ?

Oui monsieur l’agent bien sûr monsieur l’agent voilà monsieur l’agent. Je les ai mes papiers. Regardez. Ma carte d’identité mon permis de séjour mon certificat d’hébergement ma facture d’électricité mon attestation préfectorale mon bulletin de salaire ma carte d’assuré social. Assis au volant de la voiture de police, David se demandait parfois à quel moment sa vie avait basculé. Il Continuer la lecture#40jours #14 | vous avez vos papiers ?

#40jours #13 | lumière

Ma ville est une lumière. Une couleur aussi, bien sûr, mais une couleur avec une lumière. Pas la couleur de la lumière, non. La couleur de ma ville brille d’une lumière très particulière, une lumière que seule ma ville possède. Une lumière qui donne à la couleur de ma ville son ton si particulier. La couleur de ma ville est Continuer la lecture#40jours #13 | lumière

#40jours #12 | pubs

Je marche dans la ville guidé par les courants. Un bouchon bringuebalé dans une rivière qui tourne en rond, qui repart droit devant, qui revient en arrière et qui m’arrête là, devant cet ultime panneau publicitaire. Des couleurs, des mots, un homme sur un cheval. Il veut que je parte en voyage. Je lui dis que c’est gentil de penser Continuer la lecture#40jours #12 | pubs

#40 jours #11 | vous m’avez perdu

Le soleil rasant de l’aube parisienne embrasse la peau de ma tombe. L’air pollué du centre-ville caresse le granite de Vire. J’entends des pas sur la dalle. Les tourbillons humains prennent forme, les clics et les flashs commencent leur concert, les premiers Japonais arrivent. Vous m’avez perdu. J’ai été un symbole toute ma mort. Trente sept mille cent douze levers Continuer la lecture#40 jours #11 | vous m’avez perdu