L’ambulancier

( Autre texte qui respecte moins la consigne que le 1er « oh alors si c’est ça ») Jean étonne : visage long, rectangulaire. Fins cheveux et menton se rejoignent. Concaves. Yeux clairs qui fouinent en permanence et lèvres pincées toujours. En permanence un skate-board blémard plutôt qu’un visage. En son for intérieur : il peigne ses blonds et fins cheveux avec ses orteils Continuer la lectureL’ambulancier

Oh alors si c’est ça

Il est beau comme un dieu. Il se tient bien droit sur ses deux jambes et son corps tout entier est un appel à la vie. Si l’on regarde son visage, tout change. En forme de poire, son ovale s’affaisse largement et dangereusement sur son menton. Ses yeux écarquillés toujours et ronds comme ceux du hibou donnent à penser que Continuer la lectureOh alors si c’est ça

C’est moi

Je ne me rappelle plus ce que je faisais lorsque le téléphone a sonné. J’ai décroché, dit Bonjour et il a dit C’est moi. La dernière fois que j’avais entendu sa voix, j’avais quelque chose comme quatre ans et trente années donc s’étaient écoulées avant ce coup de téléphone. Comment ai-je pu le reconnaître comme une évidence ? Troublant. Il m’a Continuer la lectureC’est moi

Trop facile de me dire qu’ils ne sont pas moi

Rien ne l’oblige à tenir sa capuche tout le temps enfoncée sur sa tête. Mais même chez lui, il la porte sans doute ainsi. C’est vrai qu’il n’est pas encore très loin de l’âge des otites infantiles. Et puis il tousse rauque, je l’entends de temps en temps. Il doit passer de longs moments exposé au vent et au crachin, Continuer la lectureTrop facile de me dire qu’ils ne sont pas moi

Pomme d’amour

Dans la cour, les tables sont dressées : ronde de gâteaux et biscuits, tartes et cakes salés, bulles de boissons fraîches. Parents d’élèves aux manettes. La mère de Marie fait sauter des crêpes : deux poêles chaudes où fondent beurre, chocolat, confiture, c’est selon – fraise, framboise, abricot – même citron. Le père de Vinca promène des pics en bois Continuer la lecturePomme d’amour

Tandis qu’Ella

Sur le comptoir en acier brossé. À côté de la tasse de café noir, déjà bu. J’ai ouvert le Moleskine aux pages ivoire lignées de bleu. Mon jardin circulaire, ma chapelle, mon atelier jaloux. Derrière le bar, celui qui doit être le propriétaire termine un Crottin de Chavignol sur une tartine grillée. À l’autre bout, une femme épaisse – mauvaise Continuer la lectureTandis qu’Ella

Brasserie

Brasserie. Il avait proposé de s’y rencontrer. A l’intérieur. Le froid reste à la porte. Vais-je le reconnaître ? Atmosphère feutrée lumières tamisées. Peu de monde, les étudiants préfèrent le café d’à côté — plus animé. Il est là. Table du fond en coin loin des fenêtres. Plongé dans une lecture. Quand il lèvera les yeux il me dira que Continuer la lectureBrasserie

M’allonger.

 « Me reposer », il avait dit, quand je lui avais demandé ce qu’il allait faire cet après midi. Même il avait dû dire : m’allonger. En fait oui, c’est vraiment ça qu’il avait dit, quand je lui avais demandé ce qu’il allait faire l’après midi: m’allonger. Moi je ne sais pas, sans doute que j’allais aller marcher, mais peut-etre qu’il ne Continuer la lectureM’allonger.

L’homme du jeudi

La voiture aux phares éteints est garée. Pas sur un espace autorisé, mais elle ne gêne presque pas. Les bus ne passeront plus jusqu’à demain. Il est assis. Pas de lumière dans l’habitacle. Il n’est pas penché vers son téléphone. Il regarde devant lui et ne regarde rien. Il a croisé sa voiture en arrivant. Elle va la garer sur Continuer la lectureL’homme du jeudi