Sésame

C’était en 1965, elle m’impressionnait et je ne sais toujours pas pourquoi elle m’avait repérée. Son cours de français s’adressait aux élèves qui suivaient avec elle ceux de latin et de grec (de grec surtout). Les références courraient d’un cours à l’autre au-dessus de la tête des autres filles. – Vous voudrez bien nous faire un exposé sur l’attribution du Prix Continuer la lectureSésame

Lunettes pour tous

On a les mêmes lunettes. Est ce qu’alors la même vie? Au moins un trait en commun, d’aller à ce magasin-là, récent, et qui d’ailleurs annonce qu’il est effectivement autant pour elle que moi: lunettes pour tous. Elle tient son téléphone à deux mains et navigue avec les deux pouces qui dépassent. Les ongles peints en violet. Elle n’est pas Continuer la lectureLunettes pour tous

Parking

Avec Jason, mon petit fils — pas si petit que ça—, assis sur un banc devant le supermarché New World, nous attendons depuis déjà un bon moment que l’on vienne nous chercher. Le parking est presque plein, des voitures rentrent, clignotent, se glissent dans les places vides, d’autres sortent, les chariots clinquent, s’arrêtent devant des malles ouvertes comme des gueules Continuer la lectureParking

Vengeance

Hier, j’avais rendez-vous avec mon amie Luce hospitalisée à la cafétéria de la clinique Saint Paul. Je l’attendais tranquillement en tentant de boire un café acre et brulant. Cet espace clos était plutôt rassurant (peu de monde, couleurs pastel du sol au plafond y compris pour les présentoirs à friandises et journaux). Je ronronnais dans une douce chaleur et mon Continuer la lectureVengeance

Bulle tram

Contre la dernière porte coulissante arrière aux formes arrondies, lui, petit, la soixante passée, moustaches grises, se tient coute que coute. Il empêche la porte de se refermer. Du quai et son sol de granit foncé par la pluie, évitant flaque après flaque, dans un rythme sautillant, deux adolescents, un brun, un blond, l’un petits boutons éparses sur le visage, Continuer la lectureBulle tram

Le serveur blond de la charcuterie Delahousse

Le stand de la charcuterie Delahousse le plus grand du marché s’étend sur une dizaine de mètres. Cinq serveurs. Sept les jours d’affluence. Un samedi, vers 9H, je vais acheter du jambon chez Delahousse artisan charcutier. Ce qui me pousse chez Delahousse ce matin là, c’est ma curiosité pour l’un de ses serveurs. J’avais pu l’observer depuis l’étalage de légumes Continuer la lectureLe serveur blond de la charcuterie Delahousse

Etres au top

Bonnets étoilés, chamoisés, floconnés, oursonnés, acrylique revers polaire ; lunettes passées par-dessus, énormes, masques opaques, casques sombres et filtrants ; lèvres roses, grasses, brillantes qui forgent un sourire stupide ; combinaisons unies par l’élégance, noires de préférence, toute autre couleur admise si bien portée, ceinturée de motifs géométriques et répétitifs, triangles, losanges, formes pointues, désir de performance ; badge en collier, sésame code-barré pour Continuer la lectureEtres au top

celle qui oublie

celle qui oublie celle qui fut une incroyable manivelle d’entorses et de pâmoisons diverses qu’on a parfois réprimandée à la baguette et parfois exemptée celle qui préférait l’artificielle pestilence plutôt que la trop naturelle des cul-terreux celle qui une fois autre aimait les croyances humaines celle qui une fois dernière pouvait penser j’existe celle qui usagère noctambule de la pompe Continuer la lecturecelle qui oublie

y a foule

L’espace est rythmé, de secousses hoquetantes en ralentissements brutaux qui frisent l’arrêt mais n’y cèdent pas. Un jour, bloqué par la course à pied en sens inverse d’un quidam inspiré, le wagon s’est souri là. Le jeu des regards d’un grand intérêt, tantôt qui rebondissent sur le miroir des vitres, tantôt qui évoluent en longeant le haut d’une épaule, glissant Continuer la lecturey a foule

le marché l’été

Le marché, l’été, à Guillestre. Il prend en otages les places et les rues du bourg. Il serpente le long des ruelles. La circulation automobile est interdite. Seules quelques poussettes. Les mères tentent de se frayer passage dans le flot des passants. Elles crient : place, place. Coupant dans le mur humain, elles accrochent des jambes, des sacs. Les protestations Continuer la lecturele marché l’été