#anthologie #26 | sorte de suspension

Comme je l’ai déjà dit, Jude a longtemps fait route vers le sud. Il a mis bonne distance avec son lieu d’origine et accepté la mort de l’homme qui était son père et qu’il a dû ensevelir dans un fossé de neige. Il a connu le froid, affronté la guerre, franchi des frontières, connu des pays. Il a acquis une Continuer la lecture#anthologie #26 | sorte de suspension

#anthologie #26 | Bruits de tournage.

Nous sommes toutes là, cinq autour de la table ronde, au milieu de la pièce. Nos rires, nos gloussements ridicules, nos voix perchantes plutôt vers l’aigu, en raison de l’excitation et nos regards vers les autres qui nous scrutent sur un petit écran, à quelques mètres de là, en nous lançant des vannes caustiques. L’écho strident de nos voix qui Continuer la lecture#anthologie #26 | Bruits de tournage.

#anthologie #17 | Café de Flore

Elle vient d’entrer dans le café. Elle est plus en retard que d’habitude, une quinzaine de minutes après son heure d’arrivée habituelle. Cela ne lui ressemble pas, elle est toujours là à vingt, le temps probablement qu’il lui faut entre son appartement qu’elle a quitté à pile et le café dans lequel elle entre à vingt. Une petite marche matinale Continuer la lecture#anthologie #17 | Café de Flore

#anthologie #26 | Silence d’été

Le frottement vif du crayon déposant son bleu préféré pour colorier la mer sous le bateau suffit à provoquer le chut  agacé de sa grand-mère. Il ne lève pas les yeux vers elle. Il repose doucement son crayon dans la boite en métal. Dans le silence de la pièce le déplacement des autres tiges de bois la fait résonner. Sa Continuer la lecture#anthologie #26 | Silence d’été

#anthologie #26 | échos ineffacés du grand jamais

nu dans l’avant-monde plein défait constant brisé apparu effacé | le premier dôme le grand jamais | l’omniprésente forge inouïe (t’) apaise enchante et tisse | (flotte) le glouglouteur poisson funambule – noyé envahi ensorcelé : souffles cognements métronomiques mélopées tièdes grands chuintements grondements lourds comme l’orage d’été | tambourin du rêve chamane, rumeur longue de grotte humide, gargouillements, empreintes fantômes : Continuer la lecture#anthologie #26 | échos ineffacés du grand jamais

#anthologie #26 | Interminable

Les déjeuners sont interminables. Suzanne s’affaire à ses fourneaux : la cuisinière à bois, la flamme qui monte quand on soulève les anneaux de fonte polie et brossée qu’on entend retomber puis remettre en place. Marguerite, la bisaïeule cherche son”p’tit couteau”. Il sera pour lui quand elle mourra. Ce “p’tit couteau” qu’on fait tourner parmi les convives si la viande Continuer la lecture#anthologie #26 | Interminable

#anthologie #24 | écailles

L’histoire du chien qui offre son ventre à la caresse en signe de confiance et de soumission, car c’est la partie la plus fragile de son corps, n’est pas réellement transposable à l’humain, aux doigts fragiles, aux ongles fragiles, aux yeux fragiles, car chez lui c’est tout le corps, les joues, les bras, les lèvres, qui est fragile, sans crocs, Continuer la lecture#anthologie #24 | écailles

#anthologie #26 | mes voix

Les voix dans ma tête sont silencieuses et elles font un vacarme épouvantable. A partir de cinq heures, le jour se lève sans se faire entendre, au moins une heure avant l’aube les oiseaux se réveillent, chaque espèce d’oiseau commence sa journée à un moment précis et différent, le rouge-queue, le rouge-gorge, le merle noir, le rossignol, les sifflements, les Continuer la lecture#anthologie #26 | mes voix

#anthologie #26 | Refus global

J’entends une drôle de voix ce matin, une drôle de voix qui me parle. La même que celle de mon adolescence qui avait soif de savoir ce que serait l’avenir, qui me demandait où j’irais, ce que je ferais, si je deviendrais célèbre, s’il n’était pas déjà trop tard. Trop tard, oui je pensais déjà au trop tard. J’en ris Continuer la lecture#anthologie #26 | Refus global

#anthologie #13 | tous les jours de l’automne

La grande place remplie de monde où tous les jours de l’automne les pas portaient la foule dans le même sens, de sorte que ceux qui rebroussaient chemin le faisaient à contre-courant lentement, remontant le cours épaule contre épaule au milieu des odeurs de falafels et de barbe à papa, et le matin souvent, avant la grande affluence, les vendeurs Continuer la lecture#anthologie #13 | tous les jours de l’automne