Une part d’ombre

Une ombre. Son ombre. Longue silhouette sombre filant sur le bitume mouillé par l’orage de la nuit. Elle traine accrochée derrière des sandales usées, puis disparait effacée par quelque nuage perdu dans le ciel du petit matin pour finalement réapparaitre plus sombre encore. Elle se plie au relief très peu accidenté du trottoir avant de traverser l’avenue déserte qui longe Continuer la lectureUne part d’ombre

Traversées

Le bateau s’éloigne dans la nuit, trop tard…mon duvet posé sur le banc, un peu dur, je m’endors bercée par le roulis proche de la mer… Le bateau s’éloigne de la côte, au loin les lumières de la ville, ma place à 90 francs, première traversée vers cette ile que je rejoindrais des années durant par tous les temps, un Continuer la lectureTraversées

Les nuages rouges

Le temps est lourd, poisseux, le ciel laiteux. Les mouettes tournent au-dessus de la tête et crient. La mer est grise comme le dos d’une baleine. Avancer à pas nerveux, l’asphalte est déjà brûlant. Parcourir le boulevard qui longe la mer. Égratigner son bras aux branches de bougainvilliers pourpres agrippés à la façade d’une maison blanche, arriver au port, prendre Continuer la lectureLes nuages rouges

#P1 | jusqu’au jour tiède

à l’hôtel Mattei, recroquevillée sur un lit de camp, la nuit tapie dans les angles, la litanie de cauchemars à voix haute de l’aïeule sur l’avant-bras l’empreinte des vagues du velours vert et rassurant, le nez réfugié dans le pli moite du coude un vrai silence, un silence de doutes, d’ombres, puis le bruissement du peuplier, le vent se lève Continuer la lecture#P1 | jusqu’au jour tiède

Prologue

Garer la 2CV, ici. Dans ce pré, les roues mordant avec précaution l’herbe grasse, la couchant en deux petites rues parallèles. Ensuite, après avoir tourné la clé de contact, se taire : pousser les portes, sortir, quitter la voiture, se dégourdir les jambes, s’essayer à marcher, faire trois pas… s’allonger dans l’herbe ? Non, pas ici, pas maintenant, mais savourer Continuer la lecturePrologue

#P1 | Où tu vas quand tu dors en marchant ?

Lit château fort dans longue pièce : la salle à manger / depuis le traversin on voit le buffet Louis XIV / murs en plâtre crémeux / sol en ciment nu / il fait froid sauf sous l’édredon en plumes de la grand-mère / coton satiné vieux rose / le corps comme dans un trou. (…) l’épaisseur des plumes, pensée Continuer la lecture#P1 | Où tu vas quand tu dors en marchant ?

Une tente et des chambres

Pyrénées espagnoles, camping.  Elle ouvre la  glissière de la canadienne. L’humidité, le froid  la traversent.  L’autre versant de la vallée, lui,  est ensoleillé. Quatre lits à une place alignés entre porte et fenêtre.  La grosse armoire lorraine devant. C’est la chambre des filles. Son lit est au bout, près de la fenêtre. Celui de l’aînée, près de la porte.   Continuer la lectureUne tente et des chambres

Venicely-1

Sûrement il avance les algues de la lagune serpentent sans cesse ondulent sous ses pieds sûrement chatoient des verts miel émeraude se fondent en éclats de mousses douces cuisantes s’agrippant aux pieux de bois immergés tels des serpents marins ces lambeaux de forêts renversées crucifix réactivés liquides des premiers retables aux feuilles d’or odorant de senteurs mélangées tantôt remugles tantôt Continuer la lectureVenicely-1

#L1 | Là-bas

Partir bien avant l’aube pour atteindre ce point du paysage avant la fin du jour. Ce point, là-bas. Loin — difficile de donner une mesure exacte de la distance à parcourir. D’un bond se redresser, attraper le sac, le lancer sur l’épaule. Sentir combien il pèse. Quitter le repaire (abri sous feuillages ou au milieu des vignes, auberge, bergerie, pan de Continuer la lecture#L1 | Là-bas

C’est là

Une vache se retourne de l’autre côté de la route. La regarde peut -être, elle. Garant sa voiture le long du mur aveugle qui fait angle avec la façade . Sortant du véhicule, défroissant une jupe large à grandes poches .Saisissant une petite bouteille en plastique et jetant l’eau tiédie sur les herbes courtes. Ondule à cet endroit le fantôme Continuer la lectureC’est là