#enfances #06 | La phrase, juste la phrase.

La voix ? Non, c’est la phrase qui ramène la voix. La phrase, on la connaît. On l’a entendue souvent. Rapportée. Prononcée par la mère qui raconte. Essayer de l’entendre avec la voix de celle qui la prononçait pour de bon, à cette occasion, qui s’était répétée souvent, il paraît. La voix de celle qui l’aurait prononcée. Toujours la même phrase Continuer la lecture#enfances #06 | La phrase, juste la phrase.

#enfances #06 | Voix

Il y a des voix dans la voix. Tu le sais . Déjà tu joues avec leurs voix :  ta voix sans mots (tu t’en souviens ?) : ba-be-bi-bu-ba…  La voix venue de l’autre pièce que tu appelles à toi : sa lumière contre ta peur L’entendre ( au noir) qui rassure Voix pour la fièvre. Le dormir. Le manger. Celle qui Continuer la lecture#enfances #06 | Voix

#enfances #06 | la voix de Mano

Sa voix passe par les traits de son visage doucement incliné : photo en noir et blanc, cœur de l’ovale posé sur une étagère de la dernière chambre — visage d’une jeune fille, ma grand-mère, douceur du sourire lointain. Elle flotte dans l’odeur de cuisine qui s’échappe d’une fenêtre voisine. Elle raconte à sa manière l’oiseau bleu de Maeterlinck, éveillant en Continuer la lecture#enfances #06 | la voix de Mano

#enfances #05 | phylactères

Passer en courant sur les jets des tuyaux d’arrosage perforés, la crainte, la fraicheur, le plaisir d’avoir osé. Aspirer à pleine bouche le jus de l’orange dans la chair libérée sous le chapeau d’écorce découpée, logé dans la pulpe le sucre fond, ignorer les coulées autour des lèvres rougies. Remonter le mécanisme sous la bouteille avec la petite clé et Continuer la lecture#enfances #05 | phylactères

#enfances #01 | Élise, Jacques et la dame de la bibliothèque

Pour les fromages de chèvre, c’était chez Élise. On ne mangeait de ses fromages qu’en été, quand les chèvres sont dehors, sinon, mon père disait qu’ils n’avaient pas de goût, qu’ils étaient fadasses. Fadasse, moi j’aimais bien le mot, avec sa fin en asse, c’était comme un gros mot qu’on a le droit de dire sans trop se faire gronder. Continuer la lecture#enfances #01 | Élise, Jacques et la dame de la bibliothèque

#enfances #03 | un verbe…

– Un verbe. Il en faudrait un, comme une pierre petite, une flaque de bleu qui attire le regard. La pièce du puzzle. – Gravir, voici l’exemple, un beau verbe simple, non dénué de majesté.– Jamais il n’aurait été prononcé chez nous. – Un mot de loin, tu le connais dès l’enfance, tu l’as lu, tu l’écrirais maintenant avec un Continuer la lecture#enfances #03 | un verbe…

#enfances #lire&dire | hors série

Où ça commence, où ça finit ?Surtout ne pas poser la question. Et se taire, comme alors. Est-ce que ça finit quand on commence à comprendre que notre corps change et changera et pas seulement de système pileux ? Retourner, se retourner, regarder en arrière, se souvenir et transformer comme on se transforme alors – peu à peu sans que ce soit Continuer la lecture#enfances #lire&dire | hors série

#hors-série | Un jour…

…j’aurais un site, une chambre, une tête à moi et je vous embêterai moins. Il y aura des catégories improbables, comme « Où ça? Ben, là. ». En attendant… Parfois, de juste sous mon crâne coule un liquide bleu qui aimerait s’étendre à tout mon corps. Je le laisse rarement faire. Je le cantonne, comme je peux, de là où il émane, Continuer la lecture#hors-série | Un jour…

#enfances #04 | Le temps du lait chaud et du gâteau de semoule fait maison

Dans le regard de ma mère passait un éclair d’inquiétude qu’elle enfouissait rapidement au fond d’elle-même. Dans ces moments-là, elle se pinçait les lèvres sans s’en rendre compte. Elle ne disait rien, elle questionnait à peine. Elle s’approchait armée de son thermomètre au mercure et si nécessaire devenait « la reine du suppositoire1 ». Elle s’asseyait, gardait le dos droit contre le Continuer la lecture#enfances #04 | Le temps du lait chaud et du gâteau de semoule fait maison

#enfances #05 | Ce qui était merveilleux

Le contact de la truffe chaude et humide sur la main, le coup de langue inopiné, et enfouir la main dans le pelage. L’odeur du rouge à lèvre de ma mère quand elle m’embrasse. Marcher sur la pointe des pieds, comme une danseuse. Sentir le vent dans les cheveux en faisant de la balançoire, et se dire c’est comme dans Continuer la lecture#enfances #05 | Ce qui était merveilleux