autobiographies #03 | lot d’arbres d’occasions

Codicille : après avoir beaucoup tourné dans la forêt du manque de temps, je m’assieds à ma table de travail. Je ne parviens pas jusqu’à cet arbre autobiographique. Je me désole. J’aime les arbres et je ne veux pas perdre de vue le groupe de mes camarades que je vois avancer sur ce sentier. D’un coup, je suis seule. Je n’irai Continuer la lectureautobiographies #03 | lot d’arbres d’occasions

#L11 | hisser haut le pleur de la ville

Ils sont tous les six à déambuler ce soir. Mahyar ne rentrera pas, alors ils feront comme avant. La nuit circule entre eux comme une vigne vierge qui tournicote dans les bronches. Port de Brest, les paquebots géants, le chantier naval interdit d’accès. Le vent est si fort qu’il gomme le ressac de la mer, même à tendre l’oreille, rien Continuer la lecture#L11 | hisser haut le pleur de la ville

autobiographies #02 | les unes et les autres

Elle s’appelle Raymonde. C’est une femme forte, corpulente dans son corps, solide dans sa tête. Croyante, sincèrement croyante en Dieu, en ses saints, voue dévotion à Saint Joseph. Sa statue trône en bonne place dans sa cuisine, la pièce à vivre de sa maison. Elle lui adresse des demandes, il doit lui répondre, intercéder pour elle, en quelque sorte assurer Continuer la lectureautobiographies #02 | les unes et les autres

autobiographies #02 | portraits crachés

Lulu, Lulu, l’aiguille à la main, il disait « un pieu » pour désigner l’énorme aiguille, vient d’entendre sonner les cinq coups à l’église en face de l’atelier. À la jointure du bourrelet et de la toile de coutil rayé, il enfonce l’aiguille et la laisse là, bien piquée, visible, trouant le matelas. À travers la verrière, les rayons de soleil jouent Continuer la lectureautobiographies #02 | portraits crachés

#L12 | tout ça à cause du fer

Elle imagine des rails, c’est une image atroce, des rails qui se perdent dans le point où ils se rejoignent à l’infini, on sait qu’ils ne se rejoignent pas et pourtant on le voit, des lignes noires barrées de brun dans le gris du paysage, à cause du fer, tout ça à cause du fer. Qu’est-ce qu’une phrase segmentée, traversée Continuer la lecture#L12 | tout ça à cause du fer

autobiographies #03 | toi le pêcher

Tu es né en Bourgogne au début des années 2000. Saint-Sauveur, le village où la mère Sidonie s’est tant émerveillée, est voisin de celui où tu as germé. Pour autant, celle qui t’a vu sortir de son lopin ne s’est pas exclamée — ô merveille du jour, un pêcher  ! Non. Elle a aussitôt pensé à te mettre en pot, pour Continuer la lectureautobiographies #03 | toi le pêcher

hors-série #voix | au doigt et à l’oeil.

Reconnaissable entre toute il la fait entendre sans puissance excessive.Elle est assez chantante – plutôt douce – raisonnablement aigüe pour un homme du fait même qu’elle s’adresse essentiellement à des enfants – elle ne traine pas pour autant, elle est concrète sans sur articulation, elle est informative et calibrée dans des fréquences répertoriées. Lui, si exigeant et appliqué, se laisse Continuer la lecturehors-série #voix | au doigt et à l’oeil.

# L12 | une phrase

Patience. C’est à peine une phrase. Il existe un nom en grammaire. Phrase nominale. Enferme en un seul mot tout un déroulement une avancée. Ce qui se déploie d’ordinaire dans un mouvement de segmentation- rassemblement , permettant de distinguer ce dont on parle et ce que l’on en dit peut donc être compris, ramassé en un mot. Comme si un Continuer la lecture# L12 | une phrase

la fabrique | Écrire l’automne II

Lundi J’ai complètement oublié le rendez-vous du Tiers-Livre. J’écrivais la voix esquissée lundi dernier et tout le contexte est venu avec, non comme un fil tiré qui défait un pull, mais plutôt comme une herbe qu’on arrache montre une énorme racine qui embarque avec elle tout une vie du dessous et une partie du mur du jardin. Je me suis Continuer la lecturela fabrique | Écrire l’automne II

hors-série #voix | l’amie prodigieuse

Je l’aime pour bien des raisons, mais sa voix a certainement été l’invisible vibration qui a domestiqué l’animal sauvage au-dedans. C’en est une toujours accorte, sans heurt, sans grande amplitude entre aigus et graves, une voix médiane, à la saturation moyenne, pas celle du gris tourterelle, non, plutôt l’oranger de la feuille d’automne, c’est cela oui, un soleil d’automne sort Continuer la lecturehors-série #voix | l’amie prodigieuse