A propos de Lisa DIEZ

Artiste-joueuse polyvalente. Valises posées depuis 6 ans dans les arts en espace public : performeuse, metteuse en scène, dramaturge. Passages par la peinture, le documentaire, la photo, détours fréquents par le dessin… Et l’écriture, soutien fidèle de ces traversées. Site : alasource.org · Instagram : docteure_vitale

autobiographies #06 | une nuit persane

En file indienne les aisselles chargées de sumac, de safran, de cumin s’agitent sous une valse d’étoffes ocres, brunes, kakis, noires, noires, noires, l’autocar tangue et s’affaisse, derrière leurs barbes les hommes encombrés de sacs plastiques débordent de roses sèches, de riz, de sourcils froncés, les yeux des femmes observent sans regarder, voient tout, celle-ci se plisse sur le large Continuer la lectureautobiographies #06 | une nuit persane

autobiographies #05 | 4 fois l’arbre

En gras, les restes du premier texte totalement remanié dès la première réécriture qui est là. En italique, des commentaires et des notes qui doivent peut-être s’écrire encore et changer de statut? Bref je ne sais plus si je réécris, si je note ou si je commente, si la note ne doit pas être aussi écriture, je ne sais plus Continuer la lectureautobiographies #05 | 4 fois l’arbre

autobiographies #04 | ceux qui restent

Ce fut le dernier. Quelqu’un l’avait volé quelque part en Irlande, dans la salle commune d’une auberge de jeunesse. Cadeau du père, son beau cuir brun clair tenait dans la main, on l’avait sans doute pris pour un portefeuille, on l’avait ouvert, on n’avait peut-être même pas été français ou espagnol, rien n’avait résonné dans ces pages d’écritures au stylo Continuer la lectureautobiographies #04 | ceux qui restent

autobiographies #03 | je ne suis pas un arbre

Le Popol Vuh raconte qu’Huracan fit exister la lumière puis la terre alors que les Fondateurs venaient de créer entre ciel et mer l’humain, l’arbre, la liane. Pulsants, grimpants, sans relâche en mouvement ascendant ils relièrent le bas et le haut, n’étaient ni l’un ni l’autre tout en étant l’un et l’autre: et, ni, et, ni, et, ni… dans ce Continuer la lectureautobiographies #03 | je ne suis pas un arbre

#P12 | D’Amour à Zakol, l’île longue

L’Amour n’aurait pas dû quitter Port au Prince. Trop chargé, trop vieux, une bourrasque le déséquilibre, il évite un récif de justesse, tangue, hommes, femmes, enfants glissent par paquets silencieux, certains tombent à l’eau, un avion s’approche en troublant les surfaces, cris anglais dans les mégaphones, battements de voiles, de coque en surpoids, d’hélices. Quelques requins s’inquiètent. Bikini ou maillot Continuer la lecture#P12 | D’Amour à Zakol, l’île longue

autobiographies #02 | aux passages

Ses vêtements sont gris, ses cheveux hirsutes, ses mains dodues et huileuses. Comme tous les matins, il a posé sur le rebord de la fenêtre un petit poste de radio, une pile de dossiers, de classeurs, un épais agenda annoté qu’il feuillette ad libitum avec un peu plus de vigueur lorsqu’un passant le croise. Circulez, cet homme travaille, il ne Continuer la lectureautobiographies #02 | aux passages

autobiographie #01 | extérieurs jours

Trainée sur le même chemin d’été par ta meute en lycra, claquettes en choeur sur le bitume chaud, pavillons beiges, pavillons roses, pavillons blancs, patios ombragés de pruniers, de pins parasol, tu sauras bientôt lire leurs noms en fer forgé. Odeurs de laurier, de béton gorgé de soleil, vous traversez la route en culotte, longez la maison inachevée, bordélique, ils Continuer la lectureautobiographie #01 | extérieurs jours

#voix | Qui perd ses dents

Voix basse marmonnée, grave sans gravité, faible rugissement cotonneux bercé de courants d’airs, elle repose dans l’espagnol, s’excuse en français. Le basque rond y a laissé mille empreintes chuintantes, ronronnantes, peluchées, è, a, p, b, r enroulés. Assoupie dans la gorge et la bouche trouée, elle baisse les yeux, les commerçants froncent les sourcils, les amis tendent l’oreille, les enfants Continuer la lecture#voix | Qui perd ses dents

#P11 & #L11 | pas une langue

Ceci suit #P10, dans la même obscurité. Il n’entend pas d’intonation, pas de répétition, pas de mélodie, pas de chuintante et pas de labiale, pas de mot, ce n’est pas une langue. Les épaisses projections gutturales qui enveloppent ses organes ne sont pas non plus des rots, des bouts d’intestins aériens, des bulles d’haleine ou de gaz ni des rugissements, Continuer la lecture#P11 & #L11 | pas une langue

#L10 | Seule – l’auriculaire

Ce texte fait plus ou moins suite à #L6 | Seule, l’ongle Elle a fini de se ronger l’ongle de l’auriculaire; le mot bouillonne, elle vérifie sur internet puis se répand sur son fauteuil, plante les yeux dans l’horizon où dansent les Canadairs. Le français est bien la seule langue latine qui dénomine le doigt qu’elle a rongé relativement à Continuer la lecture#L10 | Seule – l’auriculaire