A propos de Caroline Diaz

Née un 1er janvier à Alger, enfant voyageuse malgré moi. Formée à la couleur et au motif, plusieurs participations à la revue D’ici là. Je commence à écrire en 2018 en menant un travail à partir de photographies de mon père disparu, aujourd'hui c'est un livre, Comanche. https://lesheurescreuses.net/

#L10 | la passerelle

De la passerelle, aspirer l’air chargé d’herbe tiède, sel, kérosène. C’est comme une vague trop haute, lourde et abrupte, de la pointe des orteils jusqu’au cœur, cette première fois dont elle ne peut se souvenir vient faire rougir son front, d’où lui vient cette image, une famille, un couple, trois enfants — sa famille — en haut de la passerelle ? Continuer la lecture#L10 | la passerelle

hors-série #2 | l’absence

Tu attends qu’ils sortent, une course en ville, une partie de bridge, parfois un dîner, tu tends l’oreille, guettes le bruit régulier du moteur qui s’éloigne, assurée que la deux chevaux a bien franchi la nationale, tu te laisses choir sur le divan, avec l’intention ferme de ne pas bouger, bras écartés yeux ouverts jambes pendantes, clouée par le vide, Continuer la lecturehors-série #2 | l’absence

#L9/ du feu, des mazzeri, de la rue Droite…

Cet été-là elle venait rejoindre la famille en vacances au village, elle n’en avait pas réellement envie, aurait préféré passer août à Paris avec P, mais n’avait osé se soustraire à l’autorité maternelle, avait fait le voyage en train de Paris à Marseille, avait depuis la gare Saint-Charles rejoint à pied la Joliette où elle avait embarqué de nuit sur Continuer la lecture#L9/ du feu, des mazzeri, de la rue Droite…

#P9 elle attend une réponse

Une photographie en noir et blanc, empruntée d’un album de famille qui n’était pas le nôtre, il n’y a jamais eu dans la maison de ma mère d’album de famille. Au dos, une mention, Pauline et marraine. Une occasion rare sans doute pour ces deux femmes d’être réunies, rapprochées dans le cadre, une photo prise à la maison, par un Continuer la lecture#P9 elle attend une réponse

#L8 | par la mer

Si elle était arrivée en bateau, elle se serait peut-être souvenue du premier voyage, ce même voyage qui avait conduit ici la famille, quarante années auparavant, quand sa mère eut décidé de partir, croyant que ce retour aux sources les sauverait de la ruine, ce même voyage qu’elle avait d’abord cru un cauchemar, qui l’avait arrachée à son enfance, ce Continuer la lecture#L8 | par la mer

#P8 | Anne Marie Straboni

Tu grandis en deçà des monts, tu es née trop tôt pour aller à l’école mais tu écorces les châtaignes pour payer le maître qui apprend l’écriture à ton frère. Tu es une fille des sentiers, ta mère ça la rend folle, elle dit qu’un jour il t’arrivera malheur, elle fait pour toi bien des prières, elle craint que tu Continuer la lecture#P8 | Anne Marie Straboni

#L7 | petits cailloux

« et que vivants sommes, nous, les fantômes des morts », Milène Tournier J’avais écouté François, j’avais pris la précaution de retirer de mes poches les petits cailloux, quand la première consigne est tombée j’arrivais à Erbalunga, comme je n’invente pas grand-chose, « Elle » est arrivée comme moi à Erbalunga. Je pensais que le lieu ferait surgir une fiction, Continuer la lecture#L7 | petits cailloux

#P7 | depuis la terrasse

Chaque matin la même lumière, le même éblouissement, le même feu. C’est l’aube d’été ouverte par les chants d’oiseaux — le bruit inouï qu’ils peuvent faire quand le ciel est encore sombre, marine, d’encre — l’horizon s’éclaire à l’est par un élan du jour. Au sud la nuit résiste, la terre est toute petite. Un ruban rouge s’épaissit au ras Continuer la lecture#P7 | depuis la terrasse

#L6 | le même silence

Fatiguée du voyage, de la maison fragile, de la chaleur accablante, elle se couche dans la chambre de l’aile sud. De ce côté du cap la nuit tombe vite, ce soir il n’y a pas de lune, la pièce est plongée dans l’obscurité complète, elle n’attend plus que la chute lente du corps. Pourtant quelque chose résiste, comme lorsqu’on l’obligeait Continuer la lecture#L6 | le même silence

#P6 | Semaine Vila Adèle, trois solitudes

Jeudi Le temps long du voyage, les amies et la cadette à l’arrivée, se coucher dans le même lit qu’elle, nos mots échangés tard dans la nuit, se souvenir du soir du 13 novembre, de l’impossible consolation. À travers la planches disjointes de l’abri de jardin sentir l’air frais de la nuit, la nature proche, intense, les grognements en bas du Continuer la lecture#P6 | Semaine Vila Adèle, trois solitudes