A propos de Vincent Francey

Enseignant, chanteur et clarinettiste amateur, je vis dans la région de Fribourg, en Suisse, et suis passionné de lecture et d'écriture depuis toujours, notamment via mon site a href="https://www.lie-tes-ratures.com/">lie tes ratures mais aussi sur un blog né à la suite de l'atelier d'été sur la ville : fribourgs.com. Auteur d'un livre autoédité, Je de mots, dictionnaire intime, je suis également présent sur YouTube pour, entre autres expérimentations, y parler de mes lectures.

#L3 De l’autre côté de la mangeoire

Une quarantaine d’années, des mains pour travailler dans des bureaux, pas ces crevasses, pas ce rêche, des ongles limés, des bras blancs, un homme de la ville, un étranger, un de ceux qui viennent chercher du lait et qui s’arrêtent avec les enfants pour regarder les veaux, mais celui-là n’a pas d’enfant, il a l’air perdu, il doit se dire Continuer la lecture#L3 De l’autre côté de la mangeoire

#L2 | La grange

Derrière la porte, ce ne fut pas toujours aussi vide. Le son de l’eau et le bêlement des moutons étaient jadis noyés dans une foule de cris d’enfants, de rires et de jurons. La roue de tracteur – un Deutz-Fahr vert sans cabine – allait et venait, tirant chars et autochargeuses dont on déversait l’herbe, le foin, la paille ou Continuer la lecture#L2 | La grange

#L1 De l’autre côté de la porte

Il est debout devant l’immense porte. Il cherche à déchiffrer : bois rongé, fresques à la craie, personnages sans bras aux yeux écarquillés, deux manivelles rouillées, un câble coupé, une ouverture pour y glisser l’œil. Tout est noir là-dedans. Contre la porte, des cordes pendent à des crochets. Rouillés aussi, les crochets ; élimées, les cordes ; délabrée, la porte, prête à s’écrouler. Continuer la lecture#L1 De l’autre côté de la porte

#P1 Chambres

… le silence inquiétant du perroquet dans le mur, sous les lattes – les barreaux – des inscriptions au crayon papier, l’enfant pieds entravés dans son sac … … se pencher mais éviter de tomber : dans l’entrebâillement, il y a des flashs, des couleurs vives, deux corps en sueur, une clochette, ça pisse le sang à l’arcane sourcilière, un homme Continuer la lecture#P1 Chambres

Qu’est-ce que vous boivez ?

Qu’est-ce que vous boivez ? De l’eau bien sûr espèce de petite grenouille qui veut toujours tout savoir de l’eau grenouillette de l’eau crapaud de l’eau du robinet dans ma grande bouche de grenouille à grande bouche de l’eau de gouille il pleut il mouille elle aime ça la petite fille boire de l’eau. Et vous, qu’est-ce que vous boivez ? De Continuer la lectureQu’est-ce que vous boivez ?

Le petit parking

(là commençait le muret, un bond et nous étions en hauteur, nous jouions les équilibristes, nous nous prenions pour des funambules, nous élimions nos vestes en les frottant aux arbustes – acacias, charmes, tuyas ? – c’était juste après la maison de la muette et il y avait un parking, de ceux qu’on appelle en épi, c’était un petit parking, il Continuer la lectureLe petit parking

La bénichon

Il faut soigner le mal par le mal. Le père tend le verre au fils qui grimace. Soit. Le fils trempe les lèvres dans le vin blanc. Il a mal à la tête. Chaque année, il a mal à la tête mais il sait que ça va passer. C’est la bénichon, c’est comme ça, on commence par avoir mal à Continuer la lectureLa bénichon

Au beau milieu de la route

On lui aurait demandé pourquoi elle était sortie ce soir-là, elle n’aurait pas su trop quoi répondre, elle était sortie pour prendre l’air, pour marcher, parce que la vie est belle, elle était sortie et elle marchait sur la route, au beau milieu de la chaussée, devant les voitures, à côté des voitures, au milieu des voitures, elle marchait, elle Continuer la lectureAu beau milieu de la route

Finis ton assiette ou je téléphone au camion

L’enfant ne bouge pas, il est assis sur le banc, il a les bras croisés, il regarde droit devant lui la vitre du four où son reflet noirci boude autant que lui. Jamais il n’y touchera, c’est exclu, il ne peut pas avaler ça, rien que l’odeur ça lui fout la gerbe, non maman, je ne veux pas, non maman, Continuer la lectureFinis ton assiette ou je téléphone au camion

Caroline et Sébastien

Caroline : lisse et blanche, l’œil fendu de vert, des rougeurs soudaines, une peau de porcelaine dont on devine l’extrême fragilité. La toucher, ce serait la briser. En son for intérieur : si ce plafond se déchirait, ce ne serait pas le ciel, ce serait l’océan. Elle plonge la tasse dans l’eau bouillante, puis l’assiette, puis la cuillère. Elle n’a pas mis Continuer la lectureCaroline et Sébastien