# L12 | une phrase

Patience. C’est à peine une phrase. Il existe un nom en grammaire. Phrase nominale. Enferme en un seul mot tout un déroulement une avancée. Ce qui se déploie d’ordinaire dans un mouvement de segmentation- rassemblement , permettant de distinguer ce dont on parle et ce que l’on en dit peut donc être compris, ramassé en un mot. Comme si un Continuer la lecture# L12 | une phrase

la fabrique | Écrire l’automne II

Lundi J’ai complètement oublié le rendez-vous du Tiers-Livre. J’écrivais la voix esquissée lundi dernier et tout le contexte est venu avec, non comme un fil tiré qui défait un pull, mais plutôt comme une herbe qu’on arrache montre une énorme racine qui embarque avec elle tout une vie du dessous et une partie du mur du jardin. Je me suis Continuer la lecturela fabrique | Écrire l’automne II

P#10P#11 Le réveil

Et le rêve est interrompu brusquement par la sonnerie stridente, impromptue du réveil. Je me remémore ou du moins j’essaie de rattraper quelques bribes du sommeil parlant. Il est question de maison, de nourriture, d’une voiture dont le moteur a de fortes ratées ça secoue et ça bute sur les vvvv aussi d’une mobylette qui crachote car elle ne veut Continuer la lectureP#10P#11 Le réveil

#P10 | Hic et oc

Il a la barbe sombre des conquistadores et son message c’est plutôt de ne pas les aimer, eux les conquistadores, d’aimer plutôt les autres. Les autres, ceux qui parlent les langues indiennes. Il a la peau qu’on attrape sûrement après des jours et des jours à grimper dans la montagne, par tous les soleils. Dans le rabat du livre qu’il Continuer la lecture#P10 | Hic et oc

#L12 | Dans l’infra-rouge

Une charogne. Ouvrant d’une façon nonchalante et cynique Son ventre plein d’exhalaisons. Sur mon journal, pas celui des affaires maritimes, le mien, c’est comme ça que j’ai écrit mon cauchemar pour la première fois. Encore à l’infirmerie des militaires britanniques sur Hirta. Du Baudelaire, mais je l’ai écrit comme ça, sans guillemets ou autre marque de citation, alors que ça Continuer la lecture#L12 | Dans l’infra-rouge

#L12/ Écrire, une boucherie ?

Ton cœur je vais le bouffer, tes yeux les gober avant que les chiens t’arrachent la peau du ventre et que les gabians te récurent la carcasse. Un peu saignante ta phrase. Tu cherches cette force de percussion des mots brefs et familiers. Pareil pour ces infinitifs que tu souhaites tranchants : bouffer, gober, arracher, récurer. La dureté des « r » aussi ? Continuer la lecture#L12/ Écrire, une boucherie ?

autobiographies #01 | échappée

La cuisine plutôt dépouillée, absence de meubles d’appareils ménagers, vide de ses occupants. Si, reste elle qui finit la vaisselle et lui toque à la porte, vient s’asseoir près de la table en formica verte. Le soleil emplit la pièce par la fenêtre sans rideaux. Tu parles tranquillement et tu la regardes, elle se retourne vers la cuisinière l’éponge à Continuer la lectureautobiographies #01 | échappée

Hors série # Voix La voix de sa langue

Malgré le ressentiment qu’il éprouvait encore à l’égard du pays qui, disait-il, l’avait vendu à l’Allemagne pendant la guerre, dans le français qu’il avait rapidement adopté, sa voix avait conservé la générosité de son phrasé natal. Elle égrainait les mots comme elle aurait dévidé les perles d’un collier. Elle ne nasalisait qu’en cas d’absolue nécessité, usant en général de la Continuer la lectureHors série # Voix La voix de sa langue

#L11 / Cartes sur table

Sous la tonnelle, penchés sur une carte marine, deux hommes rêvent non pas de découvrir une île inconnue, il n’y en a plus, toutes les îles sont répertoriées, longitude et latitude, superficie et nature, nombre d’habitants au mètre carré, appartenance politique, naissance géopolitique, langue officielle et dialectes, faune et flore, la toute dernière constituée de cendres et de fragments de Continuer la lecture#L11 / Cartes sur table

#P10

Elle revient toujours la terre sableuse sur les doigts qu’elle essuie brusquement sur le côté de sa blouse au-dessus de la hanche. Toujours à me regarder arriver comme si j’avais disparue depuis longtemps, comme si je l’avais laissé là avec son petit, comme si je pouvais le faire, l’abandonner avec lui. Tu ne sais pas que le soleil est trop Continuer la lecture#P10