Traces

Une pierre — Un palimpseste de murs dans la lumière oblique Hier Pierre à l’aube — Le chant d’un coq Une forme arrondie, hérissée de pointes, que tu crois morte. Qui se meut. Tombe d’une marche. Foule l’herbe à petites pattes. La mort d’une bête — La trace de son silence Un trou minuscule où se glissent des mots  pliés Continuer la lectureTraces

Du nouveau

« Du nouveau ! » disait-il, « échappé à l’usure du temps », et les choses étaient là sous ses yeux : la lumière au matin qui rasait les toitures, les pépiements confus et tous intraduisibles, les vagues une à une absorbées par le sable, les pas remis toujours dans l’empreinte des pas, les couleurs familières déposées sur les êtres, les rues qu’on parcourait Continuer la lectureDu nouveau

L’enfer, se dit-il

Longtemps après, il reste sans pouvoir dormir. Le sommeil lui échappe et dès qu’il ferme les yeux il entend à nouveau le bruit ; à nouveau, les coups retentissent. Les coups vibrent, vrillent ses oreilles, éclatent en claquements fous, ce sont des fouets de quatorze juillet cinglants, lacérant l’air irrespirable autour de lui. Dans l’odeur de sueur humaine, de trouille, Continuer la lectureL’enfer, se dit-il

Un regard d’homme

Une seule fois elle a suivi un homme inconnu, croisé dans un escalateur en sens inverse, un regard bleu indigo, clé sublime d’une portée musicale qu’elle était seule à entendre, regard perçant et doux à la fois, une décharge électrique au milieu du front, sensation subite d’un fil tendu magique, d’un harpon, la brulure était intense, clignement des yeux et Continuer la lectureUn regard d’homme

Une vie

Oh cette vie qui n’en finit pas – oh cette vie qui me pesait à douze ans, comme le veut cet âge – oh cette vie dont je disais ne rien attendre et vers laquelle j’étais tendue… Oh les livres qui m’accueillaient et m’embrassaient, m’englobaient face aux êtres qui m’intriguaient et me faisaient peur, les femmes dont je craignais le Continuer la lectureUne vie

zone hôtelière

Zone hôtelière au bout de l’avenue de Saint-Ouen, il faut (il fallait) tourner à droite en descendant vers la porte – non à gauche -, gravir un plan incliné qui mène à l’entrée, là où les autobus déposent leurs sommités à trois cents francs la nuit – des cars entiers d’étrangers (même aujourd’hui, ceux-là, on les accepte, ceux-là sont les Continuer la lecturezone hôtelière

Cette beauté qui morcelait la ville

La ville se dessinait à l’encre sympathique, nuages oranges voisins des toits de zinc, du canal dont l’odeur remontait comme ça, c’est vrai, c’est ce qui fait que j’avais un peu froid et chaud, un peu, juste un peu. Vent, rassemblement des feuilles. Rien n’y fait, je ne savais pas où j’étais et où j’allais ; rien, du dégoût, de ma Continuer la lectureCette beauté qui morcelait la ville

et puis jouer, jouer encore

— les cercles blancs sur un quai de gare comme archipels pacifiques— rues assourdies en lettres capitales— l’odeur des tarmacs / un vol de nuit / illuminations urbaines vues du ciel— être au monde / oublier la distance / succomber au vertige — l’obscur incertain des rêves — l’inquiétante étrangeté d’une image d’enfance, une baleine échouée — temps replié / un ventre / Continuer la lectureet puis jouer, jouer encore