CLIGNANCOURT 23 47

Tu téléphones en pédalantTu téléphones tous les jours à ta mèreIl t’appelaitTu l’appelaisTu l’épelaisVoix 1 — Je raccrocheVoix 2 — AttendsTous les jours tu ne téléphones plus à ton père Tu n’appelles Plus Laure Non PlusPlus Pas JamaisPlusPas plus L ni K d’ailleurs Ni G non plus ni D ni L ni …Tu sonnes dans le videTu laisses sonnerTu es Continuer la lectureCLIGNANCOURT 23 47

eux

VIEUX FAUSTIN Structure robuste des pommettes accentuant le maigre des joues, indice d’âge avancé mais on ne pourrait pas dire exactement. Oreilles plaquées sous les cheveux hirsutes (genre poil de chèvre), bien orientées pour saisir les bruissements de forêt. En son for intérieur : un son, un son à la tessiture rauque associée à l’image d’un animal qui rôde près de Continuer la lectureeux

Dawn

Rides en vaguelettes sur le front arrêtées par d’épais sourcils châtain clair. Paupières abaissées sur les yeux en creux. Menton tiré vers le haut. Bouton rouge vif parmi d’autres boutons. Bouche de tortue entrouverte sous le nez. En son for intérieur : un tronc d’arbre — silencieux  échoué — léché par  les vagues — sur la grève — de galets Continuer la lectureDawn

L’ambulancier

( Autre texte qui respecte moins la consigne que le 1er « oh alors si c’est ça ») Jean étonne : visage long, rectangulaire. Fins cheveux et menton se rejoignent. Concaves. Yeux clairs qui fouinent en permanence et lèvres pincées toujours. En permanence un skate-board blémard plutôt qu’un visage. En son for intérieur : il peigne ses blonds et fins cheveux avec ses orteils Continuer la lectureL’ambulancier

Oh alors si c’est ça

Il est beau comme un dieu. Il se tient bien droit sur ses deux jambes et son corps tout entier est un appel à la vie. Si l’on regarde son visage, tout change. En forme de poire, son ovale s’affaisse largement et dangereusement sur son menton. Ses yeux écarquillés toujours et ronds comme ceux du hibou donnent à penser que Continuer la lectureOh alors si c’est ça

C’est moi

Je ne me rappelle plus ce que je faisais lorsque le téléphone a sonné. J’ai décroché, dit Bonjour et il a dit C’est moi. La dernière fois que j’avais entendu sa voix, j’avais quelque chose comme quatre ans et trente années donc s’étaient écoulées avant ce coup de téléphone. Comment ai-je pu le reconnaître comme une évidence ? Troublant. Il m’a Continuer la lectureC’est moi

Trop facile de me dire qu’ils ne sont pas moi

Rien ne l’oblige à tenir sa capuche tout le temps enfoncée sur sa tête. Mais même chez lui, il la porte sans doute ainsi. C’est vrai qu’il n’est pas encore très loin de l’âge des otites infantiles. Et puis il tousse rauque, je l’entends de temps en temps. Il doit passer de longs moments exposé au vent et au crachin, Continuer la lectureTrop facile de me dire qu’ils ne sont pas moi

Pomme d’amour

Dans la cour, les tables sont dressées : ronde de gâteaux et biscuits, tartes et cakes salés, bulles de boissons fraîches. Parents d’élèves aux manettes. La mère de Marie fait sauter des crêpes : deux poêles chaudes où fondent beurre, chocolat, confiture, c’est selon – fraise, framboise, abricot – même citron. Le père de Vinca promène des pics en bois Continuer la lecturePomme d’amour

Tandis qu’Ella

Sur le comptoir en acier brossé. À côté de la tasse de café noir, déjà bu. J’ai ouvert le Moleskine aux pages ivoire lignées de bleu. Mon jardin circulaire, ma chapelle, mon atelier jaloux. Derrière le bar, celui qui doit être le propriétaire termine un Crottin de Chavignol sur une tartine grillée. À l’autre bout, une femme épaisse – mauvaise Continuer la lectureTandis qu’Ella

Brasserie

Brasserie. Il avait proposé de s’y rencontrer. A l’intérieur. Le froid reste à la porte. Vais-je le reconnaître ? Atmosphère feutrée lumières tamisées. Peu de monde, les étudiants préfèrent le café d’à côté — plus animé. Il est là. Table du fond en coin loin des fenêtres. Plongé dans une lecture. Quand il lèvera les yeux il me dira que Continuer la lectureBrasserie