#anthologie #10 | Jean au présent

Il a sept ans il intègre les louveteaux. Un dimanche de septembre, le groupe de Jean canote dans la rade de Brest. La brume recouvre le paysage pendant la traversée du retour. Pour ne perdre personne, les esquifs individuels sont attachés les uns aux autres suivant, tels des canetons, la grosse barque à voile carrée des moniteurs. Le froid s’insinue Continuer la lecture#anthologie #10 | Jean au présent

#anthologie #10 | maillons d’une vie ordinaire

Elle a trente ans. Les doigts du coiffeur retiennent son mouvement, et le ciseau lui frôle le menton. Elle aimerait changer de tête. Un jour elle aura soixante-sept ans, et le discours d’adieu des collègues, malgré elle, et leur petit cadeau, lui feront venir des larmes aux yeux. Elle se forcera une dernière fois à sourire à un chef de Continuer la lecture#anthologie #10 | maillons d’une vie ordinaire

#anthologie #10 | Don Francisco

Il a 39 ans et le voilà prisonnier des Portugais dans un petit village du nom de Ega en pleine Amazonie. Son costume ajusté baille, ses bottes qu’il aime avoir bien cirées sont en piteux état tout comme lui. Le lieutenant-colonel, ingénieur militaire de Sa Majesté, est défait. Il se souvient de son départ pour les Indes occidentales à 20 ans à Continuer la lecture#anthologie #10 | Don Francisco

#anthologie #11 | l’entrée de derrière

Elle est là la maison de mon enfance je la respire avant même de pousser la grosse porte noire du couloir ce n’est pas l’entrée officielle c’est l’entrée de derrière celle où on passe aussi de l’intérieur pour aller au jardin Je ramasse les derniers persés une variété de pêches jaunes à la peau duveteuse et ferme Je n’en ai Continuer la lecture#anthologie #11 | l’entrée de derrière

#anthologie #11 | retour

j’étais en retard pour le rendez-vous qu’on s’était fixés dans un café parisien près de Il pleuvait La route était mouillée et la nuit tombait la ville brillait comme une boule à facettes les éclats de lumières aveuglaient Et le froid humide qui glaçait les os J’ai garé la voiture devant le rideau métallique baissé d’une vitrine d’agence immobilière on Continuer la lecture#anthologie #11 | retour

#anthologie #11 | Larguer les amarres

Deux heures que suis ici à les embrasser, les écouter, leur parler, les regarder jouer avec les cadeaux que je leur ai apportés les faire sourire et rire aussi Passé trop vite ce temps avec elles Maintenant m’enfuir de cette salle aux murs jaunes pâles mal éclairée de ce couloir où je ne dois pas croiser leur mère de ce Continuer la lecture#anthologie #11 | Larguer les amarres

#anthologie #10 | Elle raconte

Elle raconte, elle apprend à faire du vélo à l’âge de 21 ans. Son futur mari Antoine court à côté d’elle en tenant la selle. Elle trouve vite l’équilibre et lui échappe en appuyant fort sur les pédales. Depuis qu’elle était arrivée à la ville, elle en rêvait mais n’avait jamais osé demander. A Tenay, on disait que celles qui Continuer la lecture#anthologie #10 | Elle raconte

#anthologie #11 | tango

… vient l’envie de racheter la maison de mon enfance mais pour quoi en faire pensée vaine Nous prenions un pont transbordeur nacelle suspendue à une structure d’acier qui faisait aller retour au dessus de l’eau j’ai souvenir d’attentes longues Sur la route la pancarte et le château de saint jean d’angle m’envoient à acco enfant j’étais loin d’imaginer saint Continuer la lecture#anthologie #11 | tango

#anthologie #07 | oubli du monde

Avoir essayé les cafés et les trains,  avoir cherché les tables isolées, les sièges côté vitre, avoir fermé les yeux, dissimulé cahiers et carnets, diminué la police, rapetissé la page sur l’ordinateur, tout fait pour soustraire les mots aux regards extérieurs, impossible de l’oublier l’autre, impossible d’oublier sa propre image, son propre reflet, ce cliché de l’écrivain au travail, impossible de ne pas singer, impossible de s’oublier, impossible de laisser aller, filer l’écriture. Il faut disparaître. Nulle respiration à côté, même endormie, nulle silhouette aperçue ou susceptible de l’être. Nulle interruption extérieure. S’isoler. Se retirer? Continuer la lecture#anthologie #07 | oubli du monde

#anthologie #11 | sur le chemin du retour

J’enclenche la première et c’est comme si je conduisais pour la première fois, première minute et le trac surgit, celui de rentrer plus que de partir quelque part L’inconnu moins angoissant que le trop connu, l’irréel moins Flottement de lumière basse sur le pare-brise, le paysage tremble de tout son long de tout son horizon qui ne promet rien qu’une Continuer la lecture#anthologie #11 | sur le chemin du retour