#L1⎜Au port, les mains vides

Le 22 juin à 18h14 précises, il se tient debout sur un quai. C’est sa seule certitude, avec celle d’avoir l’impression d’être en vie. Figé, statufié, immobile. Sous ses pieds, les pavés sont encore humides et, chauffés par le soleil, rendent l’air lourd. La chaude odeur d’iode et de graisse emplit l’atmosphère. Comme dans tous les ports du monde. Tout Continuer la lecture#L1⎜Au port, les mains vides

Brest, 5 heures du matin #L1

C’est le choc de la porte qui fait commencer le jour. Vlam comme dans une Bédé, avec le petit tambour du cœur qui se dit Allez c’est parti. Chaque fois, essayer de le faire avec le moins de bruit possible, chacun fait ça, on murmure son petit au revoir en fin de fête avant le départ précipité. Là il n’y a Continuer la lectureBrest, 5 heures du matin #L1

#L1 | Jeté là

Il suit la ligne avec précaution, évite de regarder le blanc à droite, le blanc à gauche, le blanc devant, respire, veille à ne pas se laisser submerger par l’ampleur de la tâche. Il sent deux jambes, deux bras et le reste d’un corps ordinaire en mouvement, ça tient. Remué par cette découverte, emmerdé d’être remué si rapidement, il respire, Continuer la lecture#L1 | Jeté là

#L1 Coupable

Il fait son entrée dans le bureau. De l’extérieur il aurait juré entendre les éclats de voix familiers. Pourtant le silence coule en chape. Les regards sont fuyant. Il écarquille les yeux jusqu’à se faire mal dans le but d’en faire des réceptacles à cette matière flasque, insaisissable qui l’entoure. Tout lui échappe, liquide entre ses doigts serrés. Jusqu’à la Continuer la lecture#L1 Coupable

#L1 | Enfin seul

Il saisit la bouteille d’eau dans le sachet à ses pieds. Il est inquiet, il boit. Une odeur désagréable de plastique lui rappelle les étés au camping sous la tente. Cette fois, il ne part pas en vacances. Au milieu de l’autobus, parmi quelques têtes grises, le jeune homme cherche un peu de confort au fond de son siège dur. Continuer la lecture#L1 | Enfin seul

#L1 – Avance

Photo_RArmstrong

On lui ouvre la porte alors il se plie et sort. Il ne connaît pas cet endroit et ne veut pas le connaître. Ce doit être le matin, la lumière ne semble pas tomber. Son regard s’élève. Il y a encore un peu de force là-haut. Il y a une avenue, large comme celles des villes moyennes, des commerces d’un Continuer la lecture#L1 – Avance

#L1 | revenir

Arriver c’est revenir, se charger d’impatience. Depuis le hublot attraper la densité des nuages accrochés sur la crête du Monte Stellu, la côte ouest du cap mâchant la mer, la netteté des routes minuscules sur le versant est. À peine le temps de repérer le plan familier de la ville, longer la lagune pour déjà se poser sur la piste Continuer la lecture#L1 | revenir

dans cette nuit peut-être

… les flocons bleus du gyrophare sur les murs les éclats jaunes des phares lorsqu’ils croisent, la chaleur asphyxiante sous la couverture serrée, les sangles qui écrasent le ventre compriment la poitrine emprisonnent-serpent les chevilles les poignets, le ronron du moteur à l’arrêt (clin d’œil vertical des feux ?), le crescendo pour repartir, les petits paliers paisibles et indifférents des changements Continuer la lecturedans cette nuit peut-être

#L1 ARRIVÉS

Il arrive, n’importe où, peu importe, mais il arrive, elle aussi est arrivée. D’une certaine manière c’est le bout du voyage. Voyage : « déplacement d’une personne qui se rend en un lieu assez éloigné. ». Est-ce vraiment le bon mot ? Qu’est-ce que cela veut dire « assez éloigné » ? Eux ils savent surtout de quoi ils s’éloignent. Continuer la lecture#L1 ARRIVÉS

#L1 | Au terme de rien

Arriver, sans parvenir jamais. Des années que cela y ressemble tant le lieu enferme et se tient à distance, échappe aux efforts à comprendre. Ce n’est pas un lieu sans lieu, pas une utopie. Une destination certes, à condition d’avoir une tête à itinéraires. Un rêve d’ailleurs, sans doute, à condition d’avoir la tête dans les nuages. Mais arriver là Continuer la lecture#L1 | Au terme de rien