La descente

Joues gonflées, nez bloqué, descendre au royaume merveilleux. La tête la première, éviter, coûte que coûte, de réveiller la poussière. Se mouvoir doucement. Creuser l’eau avec les mains. Doucement. Creuser encore un peu. On y est. Derrière le plexiglas être attentif et repérer, enfin, dans les ocres, dans l’obscurité et les rais de lumière, le trésor englouti, un caillou blanc, Continuer la lectureLa descente

#L1 | Quitter terre.

Rythme lent des bagages comme ballotés par l’hésitation des chariots sur la piste grise. Lent, si lent comparé à la vitesse du vol qui ne tardera pas à les emporter en soute. Elle les regarde trembler. Décompter les coques noires, repérer les moins classiques. Attendre une chute pour le plaisir de l’incident, égoïste plaisir : son unique bagage déjà en cabine, Continuer la lecture#L1 | Quitter terre.

Deux lignes d’environ. dix fois et à peu près.

… (franchir le seuil bonjour avancer s’asseoir m’allonger…) poser les talons sur le fil usé. nous deux dans les tentures d’encore un peu la nuit. dos brins rompus épuisé. (le vieux tapis rouge sang taché m’étalé sous les pieds…) … rives pénombre… plongées dans l’à-côté du grand tableau : c’est tout d’un grand bleu froid. simples traits noirs. rond d’œil. des Continuer la lectureDeux lignes d’environ. dix fois et à peu près.

# L1 Nouvelle impression

C’est un bourdonnement sourd. Un bruit inhabituel. Pas une voiture, pas un tracteur. Un deux roues. Une moto. Ça fait du bruit et ça attire. Quelques rideaux aux fenêtres frétillent de curiosité. Le bruit s’arrête, le motard descend. On attend. Il est bardé de cuir, aux mêmes couleurs que son bolide à la taille de guêpe : gris clair à bandes Continuer la lecture# L1 Nouvelle impression

majorelle ou indigo

C’est ici. Une grand-porte d’un bleu délavé s’ouvre sur un porche. Au fond, on devine une cour. Se représenter la scène depuis le départ, depuis le moment où il a claqué la porte d’un chez lui parmi d’autres, depuis le moment où il s’est mis en branle, ses grandes enjambées n’affirmant rien. En longeant le canal jusqu’à l’écluse, le vivre Continuer la lecturemajorelle ou indigo

L#1 Il arrive par la mer


Il arrive par la mer. Rien ne ressemble à ce qu’on lui avait raconté, à ce qu’il avait imaginé. Il plisse les yeux pour voir mieux cette ligne verte qui grandit, l’eau boueuse qui a remplacé l’océan. Il y a ces cris d’animaux stridents, intenses sans qu’il arrive à déterminer s’il s’agit d’oiseaux, de batraciens ou d’animaux terrestres. Ça hurle, ça crie, ça barrit, ça rugit, ça meugle, ça caquette, ça geint. Des milliers de gorges invisibles dans le vert dense qui s’approche menaçant, sauvage, grouillant. A-t-il peur ? Est-il déçu ? Pas le temps de se poser la question, il faut trouver le débarcadère, un endroit où accoster et il ne voit rien. Pas une habitation, pas de quai visible, rien que ce courant chargé de boue qui le fait dériver comme s’il était pris dans le courant d’un fleuve plus fort que les vagues. Une odeur de fumée, de viande qu’on boucane. Il est dans la bonne direction. Deux silhouettes affairées. Ils l’ont vu ; vont-ils l’aider ? Amis ou ennemis ? Il a faim tout à coup et soif surtout. Il est enfin arrivé.

P#1 Des nuits


Des dortoirs de l’internat, j’ai peu de souvenirs. Je revois l’organisation des lits, les armoires dissimulant la ligne des lavabos, la cabane de la pionne à l’entrée où la lumière durait longtemps après l’extinction des feux. Des lits si proches les uns des autres qu’on dormait dans l’odeur et les bruits des voisines. Sensation d’absolue solitude et de différence dans la chaleur épaisse des corps et des souffles. S’enfermer en soi-même pour trouver le repos. Tenir la rondeur fraîche des barres du lit de métal.


Ce lodge dans le marais de Kaw. Des voiles qui bougent. Largement au-dessus de l’eau, à l’abri sous les moustiquaires. L’air sur la peau et le bruit des bêtes, un infime bercement aquatique. La sécurité de la cabane ou du ventre de la mère.


Nuits sous la tente, plaisir du souffle d’air sur la peau et de la lumière dorée du matin, même les jours de pluie à travers le tissu orange de la tente canadienne.


Nuits à la belle étoile, trop rares (pas le courage). Ça pique. Matelas de fortune plein de punaises. Réveil le corps enflé de piqûres. Traitée aux anti-histaminiques qui me font vomir.


Nuits d’orages, de moins en moins aimées. Je sens la peur du chien qui devient mienne.


Nuits sereines où l’endormissement me saisit sans délai. Sommeil lourd et profond. Réveil lumineux apaisé. Presque toutes.


Nuits chagrines où le sommeil tarde à venir. Remâchage impuissant de soucis tenaces tournés et retournés sans issue.


Nuit en train sans couchette. Départ sur un coup de tête avec une bouteille de vin en guise de somnifère sur le plancher du compartiment où nous n’étions que trois.


Nuits en avion à regarder des films en faisant les exercices prescrits pour activer la circulation. Corps ankylosé et tête pleine de personnages et d’histoires.


Nuits de décalage horaire. Fièvre de lecture et de cigarettes. Sentiment de puissance contre le temps. Matin nauséeux.

Le temps de l’arrivée

… cent quatorze… cent quinze.. cent seize… elle sourit, pense à Perec et se dit que, vraiment, on ne photographie pas assez les escaliers ! Elle se tient à la rampe et avance… cet escalier-ci, c’est comme la pile du pont à St-Michel, elle et lui ont quelque chose d’ancrant dont elle ne se défait pas – l’escalier, rien d’extraordinaire bien Continuer la lectureLe temps de l’arrivée

comme ils émergent, flous, précis, doux, tristes

ferme auberge où je retourne chaque été, le lavabo et le bidet, et les mouches pendant la sieste obligatoire, les volets entrouverts, les bruits dans le couloir carrelé chambrée dans cette pension autrichienne, première expérience-découverte de la couette, et ses plumes, si moelleuse et chaude au lieu de draps et couvertures refuge sur pilotis perché au bord du lac glaciaire, Continuer la lecturecomme ils émergent, flous, précis, doux, tristes

#P1 Chambres

… le silence inquiétant du perroquet dans le mur, sous les lattes – les barreaux – des inscriptions au crayon papier, l’enfant pieds entravés dans son sac … … se pencher mais éviter de tomber : dans l’entrebâillement, il y a des flashs, des couleurs vives, deux corps en sueur, une clochette, ça pisse le sang à l’arcane sourcilière, un homme Continuer la lecture#P1 Chambres