#P1 | Salles de réveil

A Aflou, janvier 1983, dans l’Acadiane. Le berger nous avait pourtant dit qu’il gelait, la nuit, à pierre fendre. J’avais décliné son hospitalité. A Ambodimita, en face de l’escalier. De l’autre côté du palier, la chambre des parents et celle de mes sœurs. Malade de jaunisse. Impossible de me redresser, tant de fatigue. Une nuit chez les bonnes sœurs à Continuer la lecture#P1 | Salles de réveil

Ici et là, parfois bien

Pas de sommeil possible, à peine quelques instants de somnolence dans une atmosphère lourde et poisseuse. L’air s’incruste dans la gorge et y reste collé. Le cri d’un oiseau nocturne perce la nuit à intervalles réguliers, bourdonnements d’insectes autour du voile fin de mousseline blanche. Quelqu’un tousse, se lève ; j’entends ses pas furtifs glisser sur le sol. Le présent épuise Continuer la lectureIci et là, parfois bien

Espace premier

…miroitant le soleil mat, y plongent encore, encore, encore, même dans une mer couvertes d’algues et de sable flottants, varech, océan, bassin tour de sable sur la plage du Havre, barrière de corail de saint Leu, lagon de Boucan-canot, nez écorché dans les parcs à moules d’Utah Beach, liberté plage de Calvi en 1985 ; puis vers les forêts de châtaigniers, Continuer la lectureEspace premier

Mes lits minuscules

Dans la chambre verte, un crucifix surplombe un des lits jumeaux : la fillette au crâne d’orpheline prie pour la venue d’un frère parallèle. Grand mère ronfle, le loup l’a pas bouffée, elle prend toute la place, j’mangerai plus avant qu’elle meure. Toile de Jouy jaune du sol au plafond : je glisse la patte de Peluche entre mes cuisses Continuer la lectureMes lits minuscules

#L1 | Jeté là

Il suit la ligne avec précaution, évite de regarder le blanc à droite, le blanc à gauche, le blanc devant, respire, veille à ne pas se laisser submerger par l’ampleur de la tâche. Il sent deux jambes, deux bras et le reste d’un corps ordinaire en mouvement, ça tient. Remué par cette découverte, emmerdé d’être remué si rapidement, il respire, Continuer la lecture#L1 | Jeté là

#L1 Coupable

Il fait son entrée dans le bureau. De l’extérieur il aurait juré entendre les éclats de voix familiers. Pourtant le silence coule en chape. Les regards sont fuyant. Il écarquille les yeux jusqu’à se faire mal dans le but d’en faire des réceptacles à cette matière flasque, insaisissable qui l’entoure. Tout lui échappe, liquide entre ses doigts serrés. Jusqu’à la Continuer la lecture#L1 Coupable

Lits autres

Encore le Corbusier peut être mais pas sûr . Je me couche sur le côté ventre lourd de l’enfant, posé déposé en lisière . Tout près respire un autre corps allongé sur le sol ou presque. Par la fenêtre sans volet la nuit gagne très doucement ça sent le tabac froid et d’autres odeurs inconnues tressées au sentiment d’ enfance Continuer la lectureLits autres

#P1 Une vie de sommeil

Le sable dort avec le corps et le sac de couchage à l’abri entre deux dériveurs. Berceuse des vagues et réveil à l’aube, bien trop tôt. Dans la poussière et la crasse d’un couloir de train, le sac de couchage peine à protéger des pieds qui l’enjambent une forme épuisée. Une chambre à coucher des années 60 que je veux Continuer la lecture#P1 Une vie de sommeil

« camera obscura »

combien de paires d’yeux de vaches curieuses et de génisses fixent la tente plantée dans mon jardin quand j’ouvre la fermeture à glissière ? la prison fait face à l’hôtel ; la chambre est plongée dans une pénombre que le rideau écarté n’arrive pas à éloigner à Combloux, non loin du Mont-Blanc, le dortoir des filles s’appelle le Yang-Tsé-Kiang ; le voyant de Continuer la lecture« camera obscura »

Dimanche dort encore

Sur l’obscure table d’une obscure chambre, tous les espoirs reposent sur les chiffres rouges vifs qui donnent le temps aux choses. Il faut attendre encore. L’air est enfin doux, et frais, après la chaleur aoûtienne. Par la fenêtre, les branches prennent leur bain de lune, depuis combien de nuits ? Un rai de lumière sous la porte. Les derniers pas Continuer la lectureDimanche dort encore