#P1 | Les yeux fermés

Alité tôt, le soleil à peine couché, pour laisser aux adultes le temps des retrouvailles, des discussions sérieuses et graves ou des moments complices entrecoupés d’éclats de rire, sans pouvoir trouver le sommeil, excité par le voyage et les voix qui se confondent au roulis lointain des voitures sur la route de campagne, leurs phares se projetant au plafond, pour Continuer la lecture#P1 | Les yeux fermés→

#L1⎜Au port, les mains vides

Le 22 juin à 18h14 précises, il se tient debout sur un quai. C’est sa seule certitude, avec celle d’avoir l’impression d’être en vie. Figé, statufié, immobile. Sous ses pieds, les pavés sont encore humides et, chauffés par le soleil, rendent l’air lourd. La chaude odeur d’iode et de graisse emplit l’atmosphère. Comme dans tous les ports du monde. Tout Continuer la lecture#L1⎜Au port, les mains vides→

Brest, 5 heures du matin #L1

C’est le choc de la porte qui fait commencer le jour. Vlam comme dans une Bédé, avec le petit tambour du cœur qui se dit Allez c’est parti. Chaque fois, essayer de le faire avec le moins de bruit possible, chacun fait ça, on murmure son petit au revoir en fin de fête avant le départ précipité. Là il n’y a Continuer la lectureBrest, 5 heures du matin #L1→

Noir d’encre

Chambre immense, lit cage en fer peint en blanc, glacé, attendre là d’interminables minutes ou heures que les parents et le frère viennent dormir, un noir d’encre, pas l’habitude, ne même pas voir ses propres mains, une voiture passe dans la rue, un bruit auquel s’accrocher dans l’angoisse de la nuit, au mur la photo de l’oncle en habit militaire Continuer la lectureNoir d’encre→

sensations

Terreur d’enfance. Au dessus du lit, un rai de lumière éclaire un chromo. Le Sacré-Cœur, une plaie, des flots de sang, des épines, des jets de flammes. Fascination. Sous la moustiquaire bleue, tourner virer dans le lit. La clim ronfle, hoquette. Au plafond un gecko chuinte. Au dehors, la pluie crépite, les crapauds-buffles mugissent. Dormir. Odeur de son corps dans Continuer la lecturesensations→

#P1 | Salles de réveil

A Aflou, janvier 1983, dans l’Acadiane. Le berger nous avait pourtant dit qu’il gelait, la nuit, à pierre fendre. J’avais décliné son hospitalité. A Ambodimita, en face de l’escalier. De l’autre côté du palier, la chambre des parents et celle de mes sœurs. Malade de jaunisse. Impossible de me redresser, tant de fatigue. Une nuit chez les bonnes sœurs à Continuer la lecture#P1 | Salles de réveil→

Ici et là, parfois bien

Pas de sommeil possible, à peine quelques instants de somnolence dans une atmosphère lourde et poisseuse. L’air s’incruste dans la gorge et y reste collé. Le cri d’un oiseau nocturne perce la nuit à intervalles réguliers, bourdonnements d’insectes autour du voile fin de mousseline blanche. Quelqu’un tousse, se lève ; j’entends ses pas furtifs glisser sur le sol. Le présent épuise Continuer la lectureIci et là, parfois bien→

Espace premier

…miroitant le soleil mat, y plongent encore, encore, encore, même dans une mer couvertes d’algues et de sable flottants, varech, océan, bassin tour de sable sur la plage du Havre, barrière de corail de saint Leu, lagon de Boucan-canot, nez écorché dans les parcs à moules d’Utah Beach, liberté plage de Calvi en 1985 ; puis vers les forêts de châtaigniers, Continuer la lectureEspace premier→

Mes lits minuscules

Dans la chambre verte, un crucifix surplombe un des lits jumeaux : la fillette au crâne d’orpheline prie pour la venue d’un frère parallèle. Grand mère ronfle, le loup l’a pas bouffée, elle prend toute la place, j’mangerai plus avant qu’elle meure. Toile de Jouy jaune du sol au plafond : je glisse la patte de Peluche entre mes cuisses Continuer la lectureMes lits minuscules→

#L1 | Jeté là

Il suit la ligne avec précaution, évite de regarder le blanc à droite, le blanc à gauche, le blanc devant, respire, veille à ne pas se laisser submerger par l’ampleur de la tâche. Il sent deux jambes, deux bras et le reste d’un corps ordinaire en mouvement, ça tient. Remué par cette découverte, emmerdé d’être remué si rapidement, il respire, Continuer la lecture#L1 | Jeté là→