les deux eaux

Entre brins d’herbe, ciment et crottes, descendre l’escalier en frottant une fleur de chèvrefeuille, rejoindre le canal qui émerge, passé l’échangeur, suivre la coulée dans l’ombre du large ruban moiré vert sombre glissant entre les parois moussues vers le chant liquide qui s’affirme en jouant avec la musique des branches de l’allée proche, atteindre la bouche rectangulaire ovalisée par le Continuer la lectureles deux eaux

Jeûne

On raconte que Jésus jeûna quarante jours dans le désert. Admettons. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eût faim. Voltaire n’aurait pas dit moins. L’Evangile fait état d’une lutte contre des bêtes sauvages, mais ne dit rien de possibles mirages. Satan, lui proposa-t-il de l’eau ? Quelqu’un sait-il si Jésus but dans le désert ; la question reste Continuer la lectureJeûne

#prologue Piscine au large

Par l’étendue : un océan, ou au moins une grande mer, par ses rebords, géométriques, ses escaliers, son port carrelé : une piscine. L’eau est luisante polychrome ambiance bulle de savon. Les effluves du chlore remplacent les relents iodés. Des bateaux naviguent dessus, avec des règles spécifiques. L’eau pourtant si calme : est terrifiante, peut engloutir : tout, sans passion, sans vie, sans envie, sans vague. Continuer la lecture#prologue Piscine au large

Que d’eau!

Eau, ça alors, qu’est-ce que je vais écrire? Laisse couler me répond-il. Ah bon? en goutte à goutte, en cascade ou en eau de rose? demandé-je. Qu’importe, renchérit-il, ce qui est sûr, c’est que l’eau du bain n’est pas le Torrent des Glaciers, que ta mère a perdu les siennes un six mars alors que ton père pêchait le brochet Continuer la lectureQue d’eau!

La technique du pochoir

La surface. Dans le couloir immergé, trois corps. L’entrée s’ouvre sur la mer. L’entrée s’ouvrait sur la mer. La surface. Des reflets. Vacillements de lumière. Le blanc. Le bleu. Le contour noir des vagues. Sous la surface. Trente-cinq mètres. Un long couloir immergé. Trois corps. Plus de lumière. Une main négative. Pigments soufflés. Crachés contre la paroi. Bulles d’air invisibles Continuer la lectureLa technique du pochoir

Au fil de l’eau

Elle prenait les eaux à Vichy lorsqu’elle perdit les eaux et accoucha d’un garçon. Exactement neuf mois après le départ de son mari pour les Amériques. Elle le prénomma Benito pour la consonance latino-américaine et les vertus de l’eau bénite. L’époux parti pour remonter l’Amazone s’était arrêté à Camopi au bord de l’Oyapock. Elle attendait de l’or et reçut des Continuer la lectureAu fil de l’eau

En nage

Alors il geint « je suis en eau ». A pourtant l’air solide sur ses pattes, arc-bouté pas catholique à dire vrai, enfin tout dépend si par sa foi ou par ses actes, faut choisir, il choisit pas, « je suis en eau »… Dégoulinant, massif quoiqu’il dise, variante : « je suis en nage », d’où vient cette obsession liquide chez ce géant bâti comme un roc ? Continuer la lectureEn nage

Eau-forte

La vie comme une eau-forte où seraient gravées cascades roulantes des cris de l’enfance berceau des illusions de la jeunesse voiles de mariées diaphanes surgies de montagnes boisées fontaines de villages et d’eau fraîche lacs bleus aux monstres engloutis mares de cresson vert tendre et d’arums candides rivières de galets eaux saumâtres stagnantes vase au goût de carpe eaux vives Continuer la lectureEau-forte