#L1 | Le presque rien

L’auberge. Un vieux mot. L’auberge. L’auberge dans la ville-rue. Quelques voitures stationnées. De la poussière sur les capots. L’auberge est-elle ouverte ? Elle est garée. Les muscles des jambes se refroidissent. Elle déboucle la ceinture de sécurité. Un cliquetis sec. Elle ouvre la porte aux joints chauds, usés, collants, qui résiste un peu à la poussée. Aucune voiture ne passe. Le Continuer la lecture#L1 | Le presque rien→

Votre destination se trouve sur votre droite

Depuis des centaines de kilomètres, il roule dans un paysage uniforme : une route rectiligne et de part et d’autre, la forêt opaque dans son infinie rectitude sibérienne. Il regarde devant lui, concentré sur sa conduite sans vouloir regarder sur les bas côtés. Trop glauque. « Votre destination se trouve sur votre droite ». Il s’arrête à l’endroit précis  indiqué par la voix Continuer la lectureVotre destination se trouve sur votre droite→

#P1 | Il y en a 10

tant de fois y attendre que le jour et les autres se lèvent — les parties sombres du bois y forment toutes des têtes de cygnes aux yeux doux c’est le chat qui a mordillé la croix — la figurine cloutée recueille ce soir encore l’inventaire des rêves que je ne veux pas faire bercée par les rumeurs de la fête aux Continuer la lecture#P1 | Il y en a 10→

Sans dormir. Lieux.

Dans les draps rêches, lourds et brodés comme on n’en trouve plus dans les rayons de supermarchés, dormir.  Contre l’humidité d’un corps épuisé, aviné, transpirant, dormir. Ou essayer.  Face à des souffles dont on a oublié la cadence exacte mais dont on se rappelle qu’ils ont pu bercer même si c’est faux. S’endormir.  Dans un coin hostile, se faire petit Continuer la lectureSans dormir. Lieux.→

Frises

Dans la chambre d’un migrant, le radiateur décelé qui menace de tomber et l’hôtelier donnant un énorme coup de pied dedans l’enfonçant dans le mur moisi. Merci. Dans l’appartement bourgeois, l’armoire à glace qui sert de tête de lit et dans laquelle dansent encore les habits du mort. Insomnie. Une peau de bête à poils blancs/bruns comme couverture. Ca gratte Continuer la lectureFrises→

#P1 | Tout à vrac

Dans la nuit des Antipodes où vocalise l’endémique gecko. Entre le jour et la nuit de la forêt primaire où des herbes fumées font tout revoir des gestes passés devenus étranges. Dans le dortoir du petit séminaire où lire caché sous les draps n’exige pas de confessions. Dans la chambre sordide d’un hôtel de la porte du sud où tout, Continuer la lecture#P1 | Tout à vrac→

#L1-Elle arrive quelque part par la gare

Elle arrive quelque part par la gare. Elle ne sort pas de suite. Elle reste d’abord sur le quai. Elle pose son sac à dos à ses pieds, garde sa besace en travers et son sac à main coincé entre le flanc et le coude, main agrippée à la bandoulière. Elle laisse partir le train. Elle le regarde partir. Dans Continuer la lecture#L1-Elle arrive quelque part par la gare→

L’eau et tu danses

Le paysage du corps s’ouvre, glisse, le bras va chercher loin, la jambe s’allonge, souffle entre inspire et expire, variations régulières, infinies, tu pénètres dans ton rythme, ton rythme du jour avec ta force ou ta fatigue du jour, sous toi la masse compacte qui te porte, tu goûtes le bleu, le sel, ta pensée vogue, sensations brèves ou tenaces, Continuer la lectureL’eau et tu danses→

Il arrive avec son sac en bandoulière.

Il essaye de s’installer dans les odeurs du lieu, elles ne sont plus exactement les mêmes. Il hume si fort qu’il parvient à peine à transpercer le pesant renfermé qui masque ce qu’il cherche à retrouver en rentrant là, à nouveau, après toutes ces années. Son sac en bandoulière détonne, petite tâche de couleurs vives qui fait irruption dans la Continuer la lectureIl arrive avec son sac en bandoulière.→

LeÇon

Cyanea Lamarckii, Charles-Alexandre Lesueur, 1804-1810 Il le prend et il le jette. Vol plané cœur figé miroitement bleu blanc la boule au ventre. Contact. Déchirement de l’onde frais silence subaquatique. Facile remontée merci Archimède. Oscillations en surface. Tiré au fond panique de l’abysse. Gesticulations effrénées battements désarticulés frêle corps animal englué. À peine à flot. Le maître fait danser la barre. Continuer la lectureLeÇon→