A propos de Laure Humbel

Site internet : Sur mes tablettes, laurehumbel.fr. Dans l’écriture, je tente de creuser les questions du rapport sensible au temps et du lien entre l’histoire collective et l’histoire personnelle. Un élan nouveau m'a été donné par ma participation aux ateliers du Tiers-Livre depuis l’été 2021. J'ai publié «Fadia Nicé ou l'histoire inventée d'une vraie esclave romaine», éd. Sansouire, 2016, illustrations de Jean Cubaud, puis «Une piétonne à Marseille», éd. David Gaussen, avril 2023. «Ton Nombril» et «BigBang» (Toutàlheure, 2023 et 2024, illustrations de Luce Fusciardi) sont des albums pour les tout-petits qui forment un diptyque sur le thème de l'origine.

#L13 | Trois presque rendez-vous avec #L1

https://www.tierslivre.net/ateliers/presque-un-rendez-vous 1/ Cette ville n’est pas une inconnue. L’arrivée sur ce quai au bout duquel personne n’attend, un long désir la précède. Le piétinement des voyageurs qui se suivent l’un l’autre, le roulement de leurs bagages, ralentissent l’élan sous la haute verrière où se perd l’écho des annonces, et l’oreille, ignorante d’une langue jamais entendue jusque là, est d’autant plus Continuer la lecture#L13 | Trois presque rendez-vous avec #L1

#P12 | Berlin n’existe pas

1. Berlin n’existe pas. 2. La ville que je connais tient tout entière dans une main. C’est un morceau de béton gris gros comme le poing, barré de rouge sur sa face lisse. Le reste du bloc est grumeleux, du béton quoi, arraché exprès pour moi par un appelé de la Volksarmee. Il faisait son service militaire juste ce novembre-là, Continuer la lecture#P12 | Berlin n’existe pas

#L12 | tout ça à cause du fer

Elle imagine des rails, c’est une image atroce, des rails qui se perdent dans le point où ils se rejoignent à l’infini, on sait qu’ils ne se rejoignent pas et pourtant on le voit, des lignes noires barrées de brun dans le gris du paysage, à cause du fer, tout ça à cause du fer. Qu’est-ce qu’une phrase segmentée, traversée Continuer la lecture#L12 | tout ça à cause du fer

#P11 | scène d’orage

Le tonnerre gronde, roule et se répète, roule et se répète dans la vallée de chênes verts, rebondit sur la colline d’en face. L’ancienne magnanerie ne bouge pas d’une pierre, dehors ça claque. Une alarme s’allume, siffle en pointillés, se tait. Depuis la terrasse couverte, en retrait, protégée, des bruits de voix font clameur, un chien aboie, la pluie descend, Continuer la lecture#P11 | scène d’orage

#L11/ Ce que tout ceci n’est pas

Ceci n’est pas un roman d’aventures avec cape, épée, diligence et attaque de train. Pas non plus de bandits de grands chemins au cœur tendre et au regard dur, pas de chef de gang personnifiant la cruauté ni d’agent double en tailleur de bonne coupe et aux cheveux peroxydés qui se faufile entre les mailles du filet avec ses jambes Continuer la lecture#L11/ Ce que tout ceci n’est pas

#L10 / Il y a tant de regrets dans une histoire d’amour

La carte de l’Europe est aspirée par le fond de l’écran. On a tapé un nom, Reichshoffen. À mesure que les doigts enfonçaient les touches, chacune des lettres de ce nom est apparue en noir dans un rectangle blanc et c’est comme si on avait étiré la carte au maximum, à la façon d’un ballon de baudruche, pour ne plus Continuer la lecture#L10 / Il y a tant de regrets dans une histoire d’amour

#P10/ Barbara Blomberg

Elle a encore son luth à la main. Elle le tient par le manche, sans lui accorder plus d’importance qu’à un balai, un fagot de bois, un sceptre de pacotille. Dès les premiers mots que lui a dits l’homme assis devant elle, ses joues se sont teintées de rouge, mais peut-être est-ce l’effet de la chaleur qui monte de la Continuer la lecture#P10/ Barbara Blomberg

hors-série #2 | balein·e·s

Quel que soit son mécanisme (à poussoir, automatique, inversé), un parapluie (de para – parer ? et de pluie – la pluie) est moins chiffonné ouvert que fermé. Sec dans un placard, ou dans un porte-parapluie, ou encore accroché à une patère près de la porte dans un vestibule (espace domestique souvent dénommé « entrée », quoiqu’il serve indifféremment à l’entrée et Continuer la lecturehors-série #2 | balein·e·s

#L9 / Ce qu’il faut y lire

La noblesse de la Renaissance collectionnait avec passion monnaies et médailles antiques. En 1579, sept ans après la Saint-Barthélémy, l’humaniste parisien Henri Estienne utilisa le mot légende pour désigner les inscriptions qu’elles portaient, transcription littérale d’une forme latine du verbe lire (legere) signifiant l’obligation. Legenda, ce qu’il fallait lire sur la bordure des pièces. Caton, devant le Sénat de Rome, Continuer la lecture#L9 / Ce qu’il faut y lire