Les vendanges du grand-père

Le visage tendu, inquiet, immobile, confiné dans tous ses travers, ses faiblesses, dans ce moment de notre histoire insolite. Le monde parle d’une drôle de façon. Il s’ouvre sur l’inconnu, l’invisible. La nature se rebelle, nous secoue avec violence, allons-nous comprendre ? Combien y aura-t-il de sacrifiés, maintenant et un peu plus tard ? Le monde entier est bringuebalé, commence-t-il à se Continuer la lectureLes vendanges du grand-père

dans le jardin

Ils sont là, quatre adultes, plantés sur l’escalier de la terrasse devant la grande maison, avec ces passés dénoués par le temps ou déchirés, et ce qu’ils ont en commun c’est leurs regards sur les deux enfants, le fils et puis cette petite sœur, Julie, qui n’est sienne qu’avec éclipses, l’ainé faisant semblant d’hésiter, elle le suivant avec attention, roulant Continuer la lecturedans le jardin

Passante à Pasaia

Concentrée sur le nom des arrêts j’en oublie de me perdre. Quelques secondes suffisent pour que j’en sois distraite. Et que je me lève pour la laisser s’asseoir à ma gauche, côté vitre. Elle est passée si près que je ne l’ai plus vue, seulement ressenti le passage le souffle bref de son corps, le relâchement de ses épaules lorsqu’elle Continuer la lecturePassante à Pasaia

On ne lâche pas!

Regard droit qui ne voit rien, qui attend la corne des trois minutes avant le départ. Intérieurement tendue comme un élastique à la moitié de son potentiel— trop étiré il claquerait, c’est ce qui arrivait parfois aux élastiques de Grand-mère lorsqu’elle tentait de maintenir la feuille qui fermait les pots de confiture. Le vent souffle et déjà la fichue casquette Continuer la lectureOn ne lâche pas!

JUIN

A-t-il plu une seule fois en douze années de juin ? La première année, ne compte pas dans la litanie des anniversaires. C’est l’année qui inaugure l’après. Celle du chagrin, de la colère, du déni aussi; passent les  mois qui semblent des années et la peine se cache au creux des vertèbres. Le juin de cette année là,  il faisait grand soleil. La tombe Continuer la lectureJUIN

Strychnine Rock School Barbey

On dit la fosse je vais dans la fosse – sans qu’à ce moment-là ça puisse prêter à confusion, sans qu’il y ait glissement de sens ni chute ni association malencontreuse avec l’autre, de fosse. On dit la fosse moi j’y reste c’est mieux. Tu rigoles ou quoi je vais pas m’asseoir c’est pas le moment !J’y suis, tendue dans Continuer la lectureStrychnine Rock School Barbey

L’ami de mon ami

Tu m’avais parlé de lui. Tu m’avais dit. Tu m’avais dit sa force de travail. Tu m’avais dit l’espérance. Tu m’avais dit les réalisations. Tu m’avais dit la ville. Tu m’avais dit le football. Tu m’avais dit le regard. Tu m’avais dit les possibles. Tu m’avais fait comprendre. La hauteur d’esprit. La simplicité. Et j’avais lu. Manifestement, tu avais trouvé. Continuer la lectureL’ami de mon ami

Souvenances

Ce soir, en rentrant de l’agence, pendant qu’il se retournait pour fermer sur la rue et sa journée la porte de la vieille maison, la faible sonnerie de la pendule du salon, tremblotant comme une voix de vieillarde, s’est glissée à travers les battants entrouverts sur le hall, et lorsqu’il les a poussés sont venus à lui ses yeux hésitant Continuer la lectureSouvenances

Conversations avec lui

Un café Il est assis sur la banquette. Je le suppose petit. Il me tend la main. — Ce n’est pas courtois mais me lever est devenu de plus en plus difficile: l’accent d’Europe de l’est; la voix est douce, un peu trainante. Il m’invite à m’asseoir ; je m’installe sur la chaise face à lui –ce miroir dans lequel Continuer la lectureConversations avec lui

Grain de beauté

Elle descend du bus, enfile un sac sur le dos, un deuxième sur l’épaule, attrape le téléphone dans sa poche, tape sur le contact F déjà inscrit en blanc dans un carré mauve sur l’interface, porte le téléphone à l’oreille, se saisit d’un troisième sac. Il fait noir, la rue n’est pas éclairée. La montée est longue, elle n’est plus Continuer la lectureGrain de beauté