On ne lâche pas!

Regard droit qui ne voit rien, qui attend la corne des trois minutes avant le départ. Intérieurement tendue comme un élastique à la moitié de son potentiel— trop étiré il claquerait, c’est ce qui arrivait parfois aux élastiques de Grand-mère lorsqu’elle tentait de maintenir la feuille qui fermait les pots de confiture. Le vent souffle et déjà la fichue casquette Continuer la lectureOn ne lâche pas!

JUIN

A-t-il plu une seule fois en douze années de juin ? La première année, ne compte pas dans la litanie des anniversaires. C’est l’année qui inaugure l’après. Celle du chagrin, de la colère, du déni aussi; passent les  mois qui semblent des années et la peine se cache au creux des vertèbres. Le juin de cette année là,  il faisait grand soleil. La tombe Continuer la lectureJUIN

Strychnine Rock School Barbey

On dit la fosse je vais dans la fosse – sans qu’à ce moment-là ça puisse prêter à confusion, sans qu’il y ait glissement de sens ni chute ni association malencontreuse avec l’autre, de fosse. On dit la fosse moi j’y reste c’est mieux. Tu rigoles ou quoi je vais pas m’asseoir c’est pas le moment !J’y suis, tendue dans Continuer la lectureStrychnine Rock School Barbey

L’ami de mon ami

Tu m’avais parlé de lui. Tu m’avais dit. Tu m’avais dit sa force de travail. Tu m’avais dit l’espérance. Tu m’avais dit les réalisations. Tu m’avais dit la ville. Tu m’avais dit le football. Tu m’avais dit le regard. Tu m’avais dit les possibles. Tu m’avais fait comprendre. La hauteur d’esprit. La simplicité. Et j’avais lu. Manifestement, tu avais trouvé. Continuer la lectureL’ami de mon ami

Souvenances

Ce soir, en rentrant de l’agence, pendant qu’il se retournait pour fermer sur la rue et sa journée la porte de la vieille maison, la faible sonnerie de la pendule du salon, tremblotant comme une voix de vieillarde, s’est glissée à travers les battants entrouverts sur le hall, et lorsqu’il les a poussés sont venus à lui ses yeux hésitant Continuer la lectureSouvenances

Conversations avec lui

Un café Il est assis sur la banquette. Je le suppose petit. Il me tend la main. — Ce n’est pas courtois mais me lever est devenu de plus en plus difficile: l’accent d’Europe de l’est; la voix est douce, un peu trainante. Il m’invite à m’asseoir ; je m’installe sur la chaise face à lui –ce miroir dans lequel Continuer la lectureConversations avec lui

Grain de beauté

Elle descend du bus, enfile un sac sur le dos, un deuxième sur l’épaule, attrape le téléphone dans sa poche, tape sur le contact F déjà inscrit en blanc dans un carré mauve sur l’interface, porte le téléphone à l’oreille, se saisit d’un troisième sac. Il fait noir, la rue n’est pas éclairée. La montée est longue, elle n’est plus Continuer la lectureGrain de beauté

Seul le téléphone !

Ils ne savent pas que je sais. Plusieurs décennies en arrière, elle a dix-neuf ans lui vingt-six. Rencontre intense pour elle c’est sûr, lui aussi est transporté. Un pays étranger pour l’un et l’autre, ils sont là pour travailler la langue espagnole. Lui est suisse allemand, elle française. Ils feront peu d’espagnol ! Le langage des gestes suffira, le français qu’il Continuer la lectureSeul le téléphone !

Secrets de famille

La fête estivale du village bat son plein, boissons déversées dans des gosiers surchauffées, moiteur des mains et des pieds, les deux jeunes adolescentes ne savent pas encore à quelle rencontre elles vont se mesurer, elles dansent à en perdre haleine, sûres d’elles, sans pensées toutes en sensation d’explosion de vie, elles voient deux jeunes hommes s’approcher d’elles, beaux, du Continuer la lectureSecrets de famille

Des femmes au bain

Un jeudi sur deux, ma mère m’emmenait avec elle au hammam du nom de l’eau bénite de la Mecque, dite zemzem. On commence d’abord par pénétrer un grand hall frais, tapissé de marbre – une sorte d’antichambre à l’allure de purgatoire, quand on sait ce qui attend, derrière la grande porte, là-bas, au fond. La femme qui nous accueille est assise Continuer la lectureDes femmes au bain