#arts de la fiction #01 | un pain de limace

J’entre dans la cuisine à l’aube. C’est la nuit encore. Sous mes pieds nus je sens la poussière de sable des carreaux; mes ongles frottent le sol; on dirait des griffes. Le réfrigérateur ne fait aucun bruit, son silence m’inquiète. Je cherche l’interrupteur. Là où le mur pèle et laisse sur la pulpe des doigts des trainées blanches. J’allume. Un Continuer la lecture#arts de la fiction #01 | un pain de limace→

arts de la fiction #01 | Cinq heures du matin

Je descends au bord du Mékong pour traverser le pont de l’Amitié en béton armé, suspendu entre les deux rives qui se regardent, qui se parlent, qui échangent. À une vitesse vertigineuse, accompagné d’un grondement assourdissant, le fleuve inonde Nong Khai, il provoque peur, effroi, cris. Je pensais le pont inviolable, à l’abri du déchaînement des éléments. Le fleuve se Continuer la lecturearts de la fiction #01 | Cinq heures du matin→

 arts de la fiction #01 | escaliers    

Je suis dans l’escalier de mon enfance ; il fait sombre. Il y a une odeur de cave, de charbon, de terre humide. L’air circule entre les marches avec une régularité qui ressemble à une respiration. Une porte grince quelque part. Puis une autre. Des bruits de verrous se font entendre, l’un après l’autre, sans que je sache d’où ils Continuer la lecture arts de la fiction #01 | escaliers    →

arts de la fiction #01 | allongé dans le talus

C’est déjà la fin de soirée lorsque, dos à l’étang communal, je vois la route de champs serpenter jusqu’aux premières maisons éclairées. Des voitures et quelques poids lourds passent  à une longueur de champ à ma droite sur la route départementale. Les phares effacent un instant l’ombre des maisons. Des moteurs presque silencieux. J’entends le souffle de leur passage dans Continuer la lecturearts de la fiction #01 | allongé dans le talus→

arts de la fiction #01 | Trois histoires d’ombres

Je suis sur le quai d’une gare. C’est le matin. Un rayon de soleil, rasant le sol, erre entre deux allées bordées de cyprès comme en voit dans les cimetières. J’attends un train dont l’horaire d’arrivée ne s’inscrit pas encore en lettres ombrées de sel rouge sur l’indicateur électronique. Je me dis, comme pour me rassurer : tu as le Continuer la lecturearts de la fiction #01 | Trois histoires d’ombres→

arts de la fiction #01 | Le baiser de la mort

Je suis dans un bureau ; il est cinq heures du matin. C’est bien un bureau. J’ai un ordinateur devant moi. Je n’ose le toucher, je sens mes mains sur mes cuisses. Sur ma gauche se trouve une grosse imprimante. Je suis bien dans un bureau. En chemise de nuit et pieds nus. Je me sens à la fois très libre Continuer la lecturearts de la fiction #01 | Le baiser de la mort→

artsdelafiction #01 | Le désert

Je suis dans le désert. Je suis dans une ville aux portes du désert. Le sable souffle bas sur la place principale. Il enveloppe nos pieds d’un nuage ocre. Les gens s’interpellent entre des tentures. Demain, il faudra aller dans le désert. Passer la porte et entrer dans les dunes. J’ai le souvenir vague d’une histoire qu’on me racontait enfant. Continuer la lectureartsdelafiction #01 | Le désert→

# arts de la fiction # 01 | rêve du train

Je suis dans le train ; près d’une fenêtre, là où j’aime bien être si possible. Je regarde le ciel, traversé par une diagonale à la fois mauve, orange, pourpre, comme une blessure en cours de cicatrisation. Le verre est un peu voilé, sans doute sali par les poussières que soulèvent les rails et les villes : elles finissent toujours par coller. Continuer la lecture# arts de la fiction # 01 | rêve du train→

arts de la fiction #01 | Jetée de printemps

Je suis sur une jetée, c’est le premier jour. Je marche sur ce bras de béton s’avançant dans la mer. Il n’y a pas de rambardes. L’eau se fracasse sur les deux côtés de cette avancée ouverte au grand large et sans issue. Elle est projetée en gerbes blanches plus hautes que des hommes et retombe en bruit moussu recouverte Continuer la lecturearts de la fiction #01 | Jetée de printemps→

arts de la fiction #01 | À en perdre les pédales

Au loin, par-delà la rambarde en pierre ajourée qui circonscrit mon jardin, un rond-point. Je n’entends plus le tournis incessant des voitures, les éructations de motos, les jingles affolés des camions de pompiers, auxquels s’ajoutent régulièrement les crissements métalliques de trains. Je résiste aux aboiements, aux moustiques qui tournent autour de mes pieds et aux accoudoirs de mon fauteuil plastique, Continuer la lecturearts de la fiction #01 | À en perdre les pédales→