Bulle tram

Contre la dernière porte coulissante arrière aux formes arrondies, lui, petit, la soixante passée, moustaches grises, se tient coute que coute. Il empêche la porte de se refermer. Du quai et son sol de granit foncé par la pluie, évitant flaque après flaque, dans un rythme sautillant, deux adolescents, un brun, un blond, l’un petits boutons éparses sur le visage, Continuer la lectureBulle tram

Le serveur blond de la charcuterie Delahousse

Le stand de la charcuterie Delahousse le plus grand du marché s’étend sur une dizaine de mètres. Cinq serveurs. Sept les jours d’affluence. Un samedi, vers 9H, je vais acheter du jambon chez Delahousse artisan charcutier. Ce qui me pousse chez Delahousse ce matin là, c’est ma curiosité pour l’un de ses serveurs. J’avais pu l’observer depuis l’étalage de légumes Continuer la lectureLe serveur blond de la charcuterie Delahousse

Etres au top

Bonnets étoilés, chamoisés, floconnés, oursonnés, acrylique revers polaire ; lunettes passées par-dessus, énormes, masques opaques, casques sombres et filtrants ; lèvres roses, grasses, brillantes qui forgent un sourire stupide ; combinaisons unies par l’élégance, noires de préférence, toute autre couleur admise si bien portée, ceinturée de motifs géométriques et répétitifs, triangles, losanges, formes pointues, désir de performance ; badge en collier, sésame code-barré pour Continuer la lectureEtres au top

celle qui oublie

celle qui oublie celle qui fut une incroyable manivelle d’entorses et de pâmoisons diverses qu’on a parfois réprimandée à la baguette et parfois exemptée celle qui préférait l’artificielle pestilence plutôt que la trop naturelle des cul-terreux celle qui une fois autre aimait les croyances humaines celle qui une fois dernière pouvait penser j’existe celle qui usagère noctambule de la pompe Continuer la lecturecelle qui oublie

y a foule

L’espace est rythmé, de secousses hoquetantes en ralentissements brutaux qui frisent l’arrêt mais n’y cèdent pas. Un jour, bloqué par la course à pied en sens inverse d’un quidam inspiré, le wagon s’est souri là. Le jeu des regards d’un grand intérêt, tantôt qui rebondissent sur le miroir des vitres, tantôt qui évoluent en longeant le haut d’une épaule, glissant Continuer la lecturey a foule

le marché l’été

Le marché, l’été, à Guillestre. Il prend en otages les places et les rues du bourg. Il serpente le long des ruelles. La circulation automobile est interdite. Seules quelques poussettes. Les mères tentent de se frayer passage dans le flot des passants. Elles crient : place, place. Coupant dans le mur humain, elles accrochent des jambes, des sacs. Les protestations Continuer la lecturele marché l’été

réduction de l’espace

Serrés comme des sardines. Corps inconnus, étrangers, corps en vêtements de saison, corps à gifler repousser, corps chargés d’odeur de ville de gasoil de tabac et autres substances à fumer, corps avec barbe et lunettes, corps adossés tant bien que mal avec épaules bras mains qui se frôlent une fois accrochées aux barres métalliques prévues pour éviter de tomber lors Continuer la lectureréduction de l’espace

Foule en file (d’escalier à quai)

«  …mais dans une foule les visages ne comptent pas seuls nuques et oreilles ont leur vie propre… » O.  Mandelstam  Ceux qui se sont couverts comme en hiver, et portent un grand froid en dedans.  Ceux qui ont cru apercevoir la pluie dans un nuage et disparaissent dans leurs habits caoutchouteux. Ceux qui se sont glissés dans des étoffes trop légères et remontent leurs Continuer la lectureFoule en file (d’escalier à quai)

Tête de bois

 Ponceuse, eau bien chaude, spatule, grattoir, huile de coude. Les visages sont superposés, collés les uns sur les autres, empilés, recouverts. Un visage, collé sur un autre, collé sur un autre, collé sur un autre, … parfois juste un morceau, une partie, une toute petite partie. À découvrir, au fur et à mesure. Visages successifs, on les retire l’un après Continuer la lectureTête de bois

Toutes celles…et toutes les autres

Celle qui a quitté son pays suivant le mari, traversé une frontière pour vivre ailleurs, pour une meilleure vie, cinq enfants en vingt ans et le travail dans l’épicerie familiale, celle qui s’est échinée toute sa vie, petite et menue et forte quand-même. Celle qui cuisinait les patates à la poêle mieux que personne, celle qui savait coudre des gants Continuer la lectureToutes celles…et toutes les autres