#anthologie #23 | à la terre

on s’est assis au sol on a fermé les yeuxon voulait savoir si on pourrait confier à la terre laisser descendre plus bas il y aurait un colimaçon parois souples et gargouillis de ventres en digestion des sucs amers dissoudraient des grumeaux mal délayés mal balayés par les maigres eaux suintant les pores des argiles couvrant les surfaces des boues fermentées échappées Continuer la lecture#anthologie #23 | à la terre

#anthologie #24 | superposé

Est-il vrai que les chauves-souris dormaient la tête en bas, et les chevaux debout ? Aucune de ces caractéristiques ne lui est inconnue. Il les a vues et revues, en hologramme ou en 2D pendant les cours de biologie et de terraformation. Il ne peut pas savoir si du flanc du cheval, quand on montait en selle, émanait de la Continuer la lecture#anthologie #24 | superposé

#anthologie #21 | agualica

Je n’ai que cinq photos de toi (1). Cinq photos mais seulement trois jours de ta vie. Cinq photos qui te montrent à l’occasion de trois jours de ta vie, de ta vieillesse, de ta grande vieillesse on dirait aujourd’hui (2).  À soixante-quinze, à quatre-vingts et sur les deux dernières, non datées, les plus récentes, si on peut dire, à quatre-vingt-six ou quatre-vingt-sept ans. Pas davantage. Tu es morte à quatre-vingt-sept ans. Sur toutes tu as les cheveux blancs, peignés avec une raie sur le côté droit de la tête et qui recouvrent tes oreilles (3). Continuer la lecture#anthologie #21 | agualica

anthologie #26 | comme aveugle.

Même si je le voulais, je ne pourrais. Je ne trouve pas ma voix, je l’entends par instants comme ombre dans mes poumons. Je l’entends dans mes oreilles, arrêtée. Ce n’est pas une voix intérieure, je ne me parle pas. Je m’apprête à vous parler, j’entends ma voix s’arrêter à un endroit. Même si le voulais, je ne pourrai vous Continuer la lectureanthologie #26 | comme aveugle.

#anthologie #08 | Ombres

Le spot s’allume une nouvelle fois. Lumière crue, aveuglante.  Il y a quelqu’un ? Pas de réponse. Personne. Je m’égare. La pluie a cessé, le bruit du vent s’est atténué. Pourtant, l’arbre bouge toujours autant. Les branches cognent, fouettent, frappent, tapent, l’ombre se rapproche au-dessus de moi, prend forme, une forme de visage, de visage de monstre, hirsute, menaçant, gueule grande Continuer la lecture#anthologie #08 | Ombres

#anthologie #07 | Ombre et transparence

Je suis à l’abri. Dans mon abri de verre. Des vitres à gauche, des vitres à droite, des vitres devant moi, des vitres au-dessus de moi. Et des vitres derrière moi pour rentrer dans mon séjour. Des portes vitrées. Transparence. Espace. Dedans dehors, dehors dedans. Assise dans un canapé rouge, je me repose. Je ne fais rien. J’observe. Il pleut. Continuer la lecture#anthologie #07 | Ombre et transparence

#anthologie #26 | craquements

Ça craque. Tu dors ? C’est le bois qui travaille, a dit papa. Bois du vieil l’escalier qui mène aux chambres, bois des vieilles charpentes, bois des portes jamais vraiment fermées, celles des granges. Ça craque de partout, je te dis. Chut. Il n’y a pas que le bois. Un bruit de pas, quelqu’un qui monte les marches sur la pointe Continuer la lecture#anthologie #26 | craquements

#anthologie #26 | rue d’orsel

ça lui reprend l’envie de crier dans la rue comme une ambiance d’instant historique comme ils disent il a envie d’en être de drapeau brandi ça fait longtemps qu’il n’avait pas eu ces idées il avait même cru ne jamais y revenir et quand elle lui a parlé de la manif il n’a pas compris de suite elle parle vite Continuer la lecture#anthologie #26 | rue d’orsel

#anthologie #01 | Jean Moulin

Sonner, saluer la loge — plutôt réflexe que politesse. Lino pisse, carrelage, escalier, poussière, parfois crachats. Saluer Frédérique, prendre soin d’éviter la condescendance d’une fausse proximité. Parler du temps plutôt. Photocopies. Pour éviter de bavarder, paraître occupé. Encore des escaliers ; allumer les néons — ting ting ; allumer l’écran ; enlever une ou deux couches ; vider la gourde Continuer la lecture#anthologie #01 | Jean Moulin

#anthologie #26 | sept fois

Ça devrait être des sons, uniquement et non des mots. Retranscrits. Non dits. Évoqués. Des voix derrière les murs. Et des odeurs aussi, mais des voix. Des oignons frits, des lentilles, de l’ail. J’étais libre alors. Des bruits, rôdeurs, un percuteur qu’on fait fonctionner et une arme qu’on remonte. Un bruit, une culasse, les balles qu’il faut compter mais ne Continuer la lecture#anthologie #26 | sept fois