Arts de la fiction #02 | ligne de ravitaillement

Parce que ça se passe au début, on n’a aucune idée des choses déjà là, ou naissantes. C’est comme ouvrir un théâtre de carton pour enfant où il faut installer le décor, fragmentaire, quelques plaques récurrentes, l’une avec la forêt, la découpe des arbres, l’autre un cerf, ses bois tout ajourés, et un buisson, un seul, rond, qu’on enfonce par Continuer la lectureArts de la fiction #02 | ligne de ravitaillement→

# arts de la fiction #02 | une voie à écartement métrique

Le 21 août j’entre et je prends cette photographie perdue depuis. La veille j’étais passée devant la petite gare, haute sur pattes, presque incongrue dans ce paysage de montagne. Me reviennent les couleurs saturées de ce groupe de voyageurs qui attendait sur le quai ; ces jaunes et rouges qui tranchaient le vert sombre des arbres. Et le bourdonnement des Continuer la lecture# arts de la fiction #02 | une voie à écartement métrique→

#arts de la fiction #02 | vers Manali

« C’est le tissu d’une page qui m’intéresse plutôt qu’une histoire » Julien Gracq entretien avec Philippe Colas, 9 juin 1970 2019, en gare de Montpellier, couloir froid et venteux, direction Toulousebeaucoup de retard annoncé, atmosphère lugubre, je serre mon manteau contre moiannées 1970, en gare des Moutiers-en-Retz, ligne 10 entre Sainte-Pazanne et Pornic c’est en période estivale, un troupeau pâture entre Continuer la lecture#arts de la fiction #02 | vers Manali→

Arts de la fiction #01 Début de saison

Je suis dans ce hall immense, des gens par dizaine sont présents, regroupés, groupés, certains isolés cherchant un visage familier, deux femmes se retrouvent, heureuses de se retrouver, elles rejoignent des poufs colorés, penchées l’une vers l’autre elles discutent joyeusement… Mes yeux regardent, je tente d’attraper au vol des mots, un mot, un brouhaha inaudible a envahi l’espace, quand soudain, Continuer la lectureArts de la fiction #01 Début de saison→

#arts de la fiction #01 | un pain de limace

J’entre dans la cuisine à l’aube. C’est la nuit encore. Sous mes pieds nus je sens la poussière de sable des carreaux; mes ongles frottent le sol; on dirait des griffes. Le réfrigérateur ne fait aucun bruit, son silence m’inquiète. Je cherche l’interrupteur. Là où le mur pèle et laisse sur la pulpe des doigts des trainées blanches. J’allume. Un Continuer la lecture#arts de la fiction #01 | un pain de limace→

#chroniques #09 #10 | Comme fleurs

Comme fleurs pour une amie Les roses que je lui avais offertes étaient noires, comme la robe de la petite fille. Cette petite fille en noir qui s’appelle Rose. Les roses de Rose, je les aurais voulues moins noires, mais la robe était noire et le cœur avec. Et le cœur des petites aussi. Et le cœur de l’amie. Les Continuer la lecture#chroniques #09 #10 | Comme fleurs→

# arts de la fiction # 01 | rêve du train

Je suis dans le train ; près d’une fenêtre, là où j’aime bien être si possible. Je regarde le ciel, traversé par une diagonale à la fois mauve, orange, pourpre, comme une blessure en cours de cicatrisation. Le verre est un peu voilé, sans doute sali par les poussières que soulèvent les rails et les villes : elles finissent toujours par coller. Continuer la lecture# arts de la fiction # 01 | rêve du train→

arts de la fiction #01 | je suis à Corbera

Je suis à Corbera c’est le soir. Dans l’appartement Il n’y a plus que quatre habitants mais je ne sais pas vraiment combien nous sommes. Voici le buffet en châtaignier qui mange le mur. Dans les serrures de ses petites portes pendent des clés dorées dont je fais tourner les anneaux entre mes doigts. Une odeur de cire et de Continuer la lecturearts de la fiction #01 | je suis à Corbera→

arts de la fiction #01 I Je suis sur une place

Je suis sur une place à l’endroit où la rue du Château, la rue de l’Eglise et la rue du Docteur Jones se rejoignent. Je consulte ma montre. Il est tôt. À ma gauche la mairie, un bâtiment moderne au toit plat avec un rez-de-chaussée vitré. C’est l’automne. Les platanes de la rue du Château qui mène à la gare roussissent. Le ciel Continuer la lecturearts de la fiction #01 I Je suis sur une place→

#arts de la fiction #01 | comme la vie me vient

sont des temps sans promesses ni certitudes,sont des temps où ça pulse fort autour de soi — par exemple à regarder les étoiles, ou quand le père meurt, son corps inerte sur lit de glace pour les heures qu’il lui reste avant de s’en retourner vers la terre, avant de devenir poudre dans la terre, sont des temps où ça Continuer la lecture#arts de la fiction #01 | comme la vie me vient→