#anthologie #06 | vols

Les cailloux blancs commencent à s’effacer dans la cour et les silhouettes des feuilles deviennent étranges lorsqu’elles sont prises par l’ombre. Les arrondis perdent leurs bords. La nuit arrive en glissement immobile. Elle donne une teinte grise et une texture de feutre aux murs, aux pots, à la terre et aux tiges. Elle montre la vérité. Le monde n’a pas Continuer la lecture#anthologie #06 | vols

#anthologie #05 | le corps d’Esther

Une femme porte son corps devant elle. Une vieille femme porte son corps plus jeune devant elle. Une vieille femme porte le corps d’Esther devant elle. Je veux l’aider mais je dois aussi porter mon corps devant moi. Mon corps plus jeune. Nous sommes deux à porter nos corps devant nous mais la vieille femme ne me voit pas. Elle Continuer la lecture#anthologie #05 | le corps d’Esther

#anthologie #04 | habiter son corps

La danseuse récite la poésie du corps dans des mouvements inexplicables. Les doigts du virtuose parcourent le manche du violon, les uns courant après les autres comme des enfants dans un jeu de sauts, d’arrêts, de tremblements. Jusqu’au plus petit d’entre eux allant chercher dans une extension extrême la note la plus aigüe, et mourir sous l’impulsion des vagues de Continuer la lecture#anthologie #04 | habiter son corps

#anthologie #01 | Drôle d’endroit pour un musée

Centre Bourse, Marseille. Rien d’autre comme adresse. Frôler sans les voir les vitrines à peine allumées du centre commercial, prendre l’escalier mécanique comme pour descendre au parking. Drôle d’endroit pour un musée. S’arrêter avant le sous-sol, au premier palier, saluer par la vitre sale le niveau du sol de jadis, saluer aussi les pierres mises au jour par le raclage Continuer la lecture#anthologie #01 | Drôle d’endroit pour un musée

#gestes&usages #05 | Encore un peu de temps

J’entre dans la chambre. Un regard de surprise immédiatement rempli de joie. Les mots ne viennent pas. Ils sont là quelque part stoppés par une barrière invisible, sournoise. Elle confond mon prénom avec celui de sa belle-fille mais les yeux m’ont reconnu. Aucun rapport entre les deux à l’exception de la première lettre, le premier son. La main se lève Continuer la lecture#gestes&usages #05 | Encore un peu de temps

gestes&usages #05 | derrière la porte

Derrière la porte Qu’on ne pousse pas tout de suite Hésitation parce que c’est neuf Et une seconde de courage à prendre Parce que c’est inconnu Soit deux secondes de battement Dans la main, creux de la paume sur la poignée, au rythme du pouls L’œil vérifie que c’est bien son nom sur la porte Son nom à lui On Continuer la lecturegestes&usages #05 | derrière la porte

#été2023 #10bis | Confessions croisées

« Dans sa table de nuit, elle a caché une lettre dont elle seule connaît le contenu. soupire encore. » Marie s’ennuie de plus en plus, entre deux oublis. Pourquoi tout ce temps perdu ? Le café n’a plus de goût ni de couleur, les pâtisseries sont fades et répétitives comme son reste d’existence. Elle ne souhaite rien de plus que s’effacer Continuer la lecture#été2023 #10bis | Confessions croisées

#été2023 #09bis | Arrêter le temps

Devant mon évier pour finir la vaisselle, mon gâteau au yaourt au four, je laisse l’eau couler sur mes mains. Ce n’est pas tant l’envie de pleurer, qu’une lourdeur dans la poitrine et dans la gorge qui me rend lente et comme absente, l’envie de revenir à des choses élémentaires, primaires, l’eau qui coule. C’est tout. Rester là parce qu’au Continuer la lecture#été2023 #09bis | Arrêter le temps

#été2023 #01 | chambre

J’écris ceci dans une chambre au plancher en bois de châtaignier, lattes de 70 ajustées à l’ancienne il y a un siècle et demi. Quand je m’y déplace ça craque sous le pied. Toujours aux mêmes endroits. Je finis par les repérer. Il y a tout ce qu’il faut pour écrire, crayons, papier brouillon, carnets, ordinateur, mais j’ai du mal Continuer la lecture#été2023 #01 | chambre

#voyages | derrière/devant

#7 Un tout petit voyage ​Chez nous c’est vers le Sud ou vers le Nord. Surtout le Sud. Le vent vient de l’Ouest, nous le laissons souffler et se briser sur l’immeuble posé en travers de sa route. Enfants, debout à l’angle de l’escalier 1, nous nous posons sur le vent, bras ouverts, comme les grands oiseaux blancs sur l’affiche du mur de l’école. Mais à part le vent Continuer la lecture#voyages | derrière/devant