Ce qu’il me reste de l’entre-deux

Elle ne se rappelle pas du déménagement quand ils ouvrent la porte elle est frappée par l’odeur écœurante du sol gris synthétique il est moite et veiné de lignes rouges mais on ne peut le savoir que si on se déplace à ras du sol qu’on y fait rouler des voitures comme le petit frère par exemple il les aligne Continuer la lectureCe qu’il me reste de l’entre-deux

Le vent d’été

      J’ai six ans. Je ne connais pas bien ma grand-mère, je ne l’ai pas vue souvent. Elle nous a invités dans la maison de sa sœur aînée où elle habite depuis la mort de mon grand-père. Par la fenêtre ouverte, pendant le repas, j’écoute le doux frémissement des frondaisons associé pour toujours aux sensations inoubliables de ce jour-là. L’après-midi, Continuer la lectureLe vent d’été

Ariel enfenêtré

Sur les trottoirs coriaces aux caniveaux opaques elle marche derrière lui sans un mot quand il aperçoit leur reflet décalé dans une vitrine se dit qu’il devrait ralentir se régler sur son pas mais non il préfère regarder la silhouette tressauter comme dans le couloir du Paris-Brest à 15 ans assis à la place 52A le nez dans le rideau Continuer la lectureAriel enfenêtré

Cartes postales de chez soi

Derrière les vitres de son bureau les arbres du voisin d’en face tremblent en un frisson paysager ils ont une vie qu’elle méconnaît des racines des branches basses un sommet les feuilles bouchent la vue et l’hiver assise à la même place elle découvre l’existence des toits sa maison est bâtie en surplomb de la ville elle se dit Je Continuer la lectureCartes postales de chez soi

Table de salle à manger

Jour 1 — « chez toi, les meubles ont des pieds », ta mère aime se faire taquiner, les pieds qui bougent, c’est elle, sa manie de remodeler les pièces de l’appartement. Plusieurs fois par an, lieux se transforment, identiques déplacés, différemment assemblés. L’espace se fabrique dans le mouvement des objets. Ça circule, ça vit, vous déménage sans changer d’appartement. Les meubles ont Continuer la lectureTable de salle à manger

1978/11210 – LE SILENCE DES LOCATIONS

Le silence des locations. Les stores baissés. Sept, huit, neuf, dix traits de lumière sur le carrelage à midi. Dans cette pénombre avançons là où personne ne viendra avant le 1er juillet poser ses bagages. Le crépi beige et le verre fumé – crépi des façades où les mains s’écorchent repris et lissé sur les murs intérieurs, verre fumé des Continuer la lecture1978/11210 – LE SILENCE DES LOCATIONS

ABÉCÉDAIRE à la manière de Peter Handke… Introspecter et voir venir…

AIMER forcément, conjugué à tous les temps comme ANIMER B les verbes se multiplient dans ma tête, J’ai braillé sans doute, balbutié, baillé, bavardé souvent, bavardé beaucoup, je me suis baladée et j’a été baladée, naïvement j’ai fait confiance COURIR j’ai du courir vite, je n’y arrivais pas, je n’étais pas rapide, je n’aimais pas courir, j’ai su courir doucement, Continuer la lectureABÉCÉDAIRE à la manière de Peter Handke… Introspecter et voir venir…

# 07 – SOUS LA CARCASSE

Crié. J’ai crié le premier cri dans les bras de l’infirmière galloise. J’ai laissé le monde m’envahir par la fontanelle. J’ai régurgité le poisson et le gras du bœuf. J’ai enfoncé mes ongles mous dans les bras de mémé. J’ai écorché mes coudes sur la moquette beige. J’ai mangé mon premier cheval haché dans un bol de Viandox. J’ai vomi Continuer la lecture# 07 – SOUS LA CARCASSE

trois lieux anciens

Ferme : on accédait à l’habitation par un petit jardin bordé de haies, le seuil était un bloc de pierre usé comme raboté, l’odeur tout de suite à le franchir (l’odeur des animaux des écuries du tas de purin pas loin forcément) concentrée dans le passage entre le dehors et le dedans et accompagnant le mouvement du pied en train Continuer la lecturetrois lieux anciens